Des Blabla

16 mai 2019

Simone, reviens, il ne va nous rester que nos yeux pour pleurer...

Chère Simone,

Le sénat de l'Alabama a voté par 25 voix contre 6 une loi rendant quasiment impossible le recours à l'avortement dans cet état des Etats-Unis. Te rends tu compte qu'un médecin qui prendra le risque de venir en aide à une femme voulant procéder à une interruption volontaire de grossesse, risquera de 10 à 99 ans d'emprisonnement ?
Te rends tu compte qu'au delà des drames humains que cela va créer dans cet état, il s'agit surtout d'un maillon dans le grand schéma horrifique et rétrograde du parti républicain ?

Mais l'Alabama n'est pas un cas isolé, depuis le début de l'année, 28 états ont déjà introduit plus de 300 nouvelles règles afin de limiter l’accès à l’avortement, selon un décompte de l’Institut Guttmacher, comme, par exemple, le Kentucky et le Mississippi qui ont ainsi interdit les avortements dès que les battements du cœur du fœtus sont détectables, soit environ à la sixième semaine de grossesse. Des mesures comparables sont en passe d’adoption en Géorgie, dans l’Ohio, le Missouri et le Tennessee. 

En fait, il faut savoir que Donald Trump a nommé deux juges conservateurs à la Cour Suprême des Etats-Unis et, donc, l'idée est de faire en sorte que l'une de ces lois soient portées devant la Cour Suprême afin de tenter de renverser la décision de 1973, qui avait reconnu le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n’est pas viable puisque la Cour est devenue majoritairement extrêmement conservatrice.

Simone, un juge a bloqué la mise en œuvre de la loi du Kentucky mais cela ne sera pas suffisant. Le bateau prend l'eau de toute part. Les femmes vont à nouveau subir des dommages catastrophiques dans leur corps et leurs droits à disposer d'elles-même.

Simone, comment concevoir qu'après ces progrès ardûment acquis il y a quelques dizaines d'années, il faille de nouveau reprendre le combat à la base ? Notre condition de femme ne sera jamais définitivement acquise.
Comment leur faire comprendre à tous qu'une femme qui recourt à un avortement ne le fait pas de gaité de coeur et qu'outre l'épreuve médicale, elle doit également affronter un drame humain ?

Simone, il faut que tu nous aides à sortir de cette impasse !
Aide-nous à trouver l'inspiration pour renouveler le combat, pour convaincre les sceptiques !
Il n'est pas possible qu'en 2019, on fasse un tel retour à l'obscurantisme...

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16 avril 2019

Je suis Quasimodo

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Aujourd'hui, je me sens Quasimodo...
Les larmes qui montent en même temps que les flammes montent le long du toit, de la flèche...
L'un des symboles forts de notre Histoire qui part en fumée jaune dans la fin du jour...
Les mots qui manquent...

Mais, Quasimodo, ne pleure plus ! Les soldats du feu sont entrain de la sauver ! 
Ils sont forts. Ils ne lâcheront rien. Les dégâts sont considérables, les pertes irréparables...
Ne pleure plus, Quasimodo, tel le Général de Gaulle restant droit pendant la fusillade sur le parvis, le 26 juin 1944, elle se dresse encore dans le ciel parisien, dans le ciel de notre patrimoine !
Ne pleure plus, Quasimodo, nous la reconstruirons !

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22 mars 2019

Le minute par minute du jour

Je vais vous raconter une histoire...

(Voix off façon "annonce d'aéroport") " Deux jeunes femmes décident de se retrouver pour déjeuner ensemble, histoire de papoter, de prendre des nouvelles et de se faire une pause détente dans leur journée de femmes d'affaires hyper occupées travailleuses laborieuses et acharnées.
Elles choisissent un petit restaurant de spécialités italiennes d'une chaîne française.
Légères et court vêtues, elles allaient à grands pas Elles s'installèrent à une petite table et attendirent quelques minutes qu'on leur apporte la carte, ce que fit la serveuse avec célérité (et, croyez-moi, le mot va prendre toute son importance dans ce qui va suivre...).

12h25 : La serveuse nous apporte les cartes et nous demande si nous connaissons le principe du restaurant ? Non, mais, en même temps, c'est un restaurant donc on va partir du principe qu'il y a une carte avec des plats, qu'on va choisir et qu'on va les manger avant de payer et de s'en retourner travailler, non ?

12h26 : Elle nous explique que chaque mois, le chef met à l'honneur trois spécialités et que, ce mois-ci, ce n'est pas pour nous pousser mais, VRAIMENT, elles ont eu un succès fou ! Tout le monde leur a dit que c'était super !

12h28 : Après un silence, elle s'éloigne pour nous laisser regarder...

12h42 : Euh... C'est moi ou elle a installé trois autres tables dont elle pris la commande et, nous, elle nous a oubliées ?

12h43 : C'est drôle, ce sont les trois tables autour de nous... On est peut-être dans l'ombre...Je savais que j'aurais dû mettre des couleurs claires ce matin !

12h46 : Un serveur en chemise blanche (peut-être un chef de rang, es autres sont tout en noir)  s'approche de notre table et prend notre commande...

12h49 : J'ai un pressentiment... J'aurais peut-être dû prendre une salade, ça doit être moins long à préparer qu'on plat à cuire... Croisons les doigts !

12h58 : Que j'ai été mauvaise langue ! Un troisième serveur nous apporte nos plats. (euh, normalement, ils ne bossent pas en zones, dans les resto, histoire d'être efficaces ? Ca doit tenir à notre charme irrésistible. Ils doivent tous se battre pour savoir qui s'approchera de notre table...)

13h08 : La dame d'à côté se plaint que son plat "al forno" soit froid au milieu. La serveuse lui emmène en cuisine.

13h17 : La dame d'à côté n'a toujours pas son plat... Sa compagne a terminé le sien...

13h19 : La dame d'à côté arrive à harponner un serveur qui lui promet de lui ramener son plat "qui est entrain de réchauffer"...

13h22 : Le serveur revient avec une assiette et un plat qui fume mais qui fume (le fog londonien à côté, c'est une journée claire et ensoleillée)... La dame d'à côté le remercie et fait doucement remarquer à sa compagne que, maintenant, il va être impossible de le manger en l'état et que, finalement, froid, ce n'était peut-être pas si mal...

13h23 : De concert, nous compatissons... Nous,nous avons fini nos plats qui étaient délicieux et il nous reste une petite place pour un dessert... 

13h24 : La pauvre, nous aurons déjà payé la note qu'elle sera toujours devant son plat bouillonnant... Ce n'est pas de chance...

13h25 : La serveuse revient et nous débarrasse...

13h28 : La dame d'à côté a fini par vider son plat dans son assiette de présentation en l'étalant bien pour qu'il ait une chance de refroidir.

13h32 : La serveuse revient et nous demande si nous avons choisi nos desserts.

13h33 : Disons que, pour ça, nous aurions bien voulu voir la carte des desserts...

13h34 : "Ah oui, c'est vrai ! Pardon !"

13h37 : La dame d'à côté a terminé son plat. Elles arrêtent un serveur qui passent et lui demandent d'un trait : "c'était-très-bon-merci-on-pourrait-avoir-deux-cafés-et-l'addition-en-même-temps-car-il-ne-nous-reste-que-cinq-minutes-avant-de-partir" (ça, c'est de l'efficacité... ou de l'esprit de survie !)

13h41 : Le serveur revient avec les deux cafés et l'addition de la table d'à côté... Comme nous attendons toujours la carte des desserts, nous essayons de l'interpeler à notre tour mais il est déjà parti...

13h42 : Notre serveuse passe et repasse... juste assez loin pour qu'on ne puisse pas lui attraper le bras ou l'interpeler sans élever la voix.

13h43 : Ok, c'est pas grave ! Le premier qui passe, on l'attrape et on le plaque au sol !

13h44 : Les dames d'à côté se lèvent... et nous souhaitent bonne chance... Je me demande si je n'ai pas détecté un léger accent condescendant dans leur voix... Se pourrait-il qu'elles se vengent de nos plats qui n'étaient ni trop froids ni trop chauds ? Ce serait moche...

13h45 : Le serveur à la chemise blanche vient de passer mais le regard sur la ligne bleue des Vosges.

13h46 : Le serveur que les dames d'à côté avaient réussi à alpaguer nous ignore superbement.

13h47 : Nous nous regardons incrédules... Personnellement, j'envisage de partir sans payer...

13h48 : Ma copine lève un chouille la voix au passage un peu lointain d'un serveur pour demander la carte des desserts.

13h51 : Nous avons les cartes en main...

13h54 : "Vous avez choisi ?"

14h02 : Desserts en mains, il n'est plus vraiment temps de prendre le temps de déguster...

14h10 : Je prendrai un café demain sinon autant poser mon après-midi...

14h12 : Notre serveuse revient vers nous pour nous annoncer qu'elle va nous encaisser au comptoir.
             "Tout s'est bien passé mesdames ? Etes-vous satisfaites ?"
             "C'était très bien mais long... très long !"
             "Ah ben oui mais, pour venir déjeuner, c'est une très mauvaise heure !"

Ben, la prochaine fois, on viendra à quatre heure mais ce ne sera plus un déjeuner. On appellera ça un goûter...

 

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08 mars 2019

Et maintenant ?

Aujourd'hui, c'est la journée internationale pour les droits de la femme...

Mardi soir, j'ai regardé "Jusqu'à la garde", le film récompensé le 22 février dernier aux César et multirécompensé ailleurs.
Un film prenant, pesant qui vous laisse comme après un coup de poing à l'estomac...

Mercredi, j'apprenais que Julie Douib avait été assassinée par son ex-conjoint alors que cela faisait des mois qu'elle essayait de tirer la sonnette d'alarme auprès des autorités. 
Julie est la trentième femme à mourir sous les coups de son compagnon (ou ex-compagnon) depuis le début de l'année...

Et, malheureusement, il est à craindre qu'elle ne soit pas la dernière de l'année 2019 puisque, chaque année, tous les trois jours, en France, une femme meurt sous les coups de son compagnon et que cette année, les chiffres sont passés à un décès tous les deux jours.

Et je ne peux effacer de ma mémoire les trous de balles de carabine dans la porte de l'appartement et Léa Drucker allongée avec son "fils" au fond de cette baignoire... Et je ne peux pas ne pas imaginer le corps de cette femme de 35 ans abattue à bout portant... Et cette autre enceinte de six mois poignardée dans sa chambre d'hôtel... Et cette autre, âgée de 20 ans et décédée de coups à la tête avec une barre métallique... Et cette autre, tuée sous les yeux de ses enfants...

Elles sont déjà 30...
Tout ne se termine pas comme au cinéma !

Alors, on fait quoi maintenant ?

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23 novembre 2018

Les marronniers entre quatre planches...

Hier matin, à l'heure où blanchit la campagne, dix-sept marronniers de la place Gambetta, en plein triangle d'or de la ville de Bordeaux, ont été abattus.
Depuis des mois, l'émotion montait et la mobilisation populaire aussi... En vain !

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(
image rue89)

Quand on sait que plus les arbres sont anciens, plus ils apportent de fraîcheur et d'oxygène.
A l'heure où l'on entend les politiques dire que la transition écologique doit être accélérée, qu'il faut réintroduire les arbres au coeur de nos villes et taxer les énergies fossiles.
Quand il est impossible d'ouvrir son fil Face-du-Bouc chaque jour sans tomber sur l'annonce d'une nouvelle catastrophe écologique.
Il avait été gravé dans le bitume que la moitié des arbres de cette place devaient être mis à bas afin de permettre une rénovation en profondeur de la place, voire même, in fine et d'après les instigateurs, d'augmenter le volume de l'espace vert et le nombre d'arbres.

Malheureusement, à côté de ces belles paroles, empreintes d'esthétisme et d'écologie il y a aussi les propos de la mairie qui reconnaît que le projet global a pour but principal de sauver les commerces de la place. Il y a aussi les propos d'un promoteur immobilier qui, depuis des années, construit son projet, pièce à pièce, morceau par morceau, pas à pas, a un projet immobilier d'hôtel de luxe et qui font craindre que le but final ne soit pas si écologique que ça.
Le problème, aujourd'hui, est qu'il y a tant de pipeau de la part des élus, des grands dirigeants dans tous les domaines et des médias qu'il devient impossible de croire que tout cela n'est pas seulement lié à une volonté purement orientée sur des profits exclusivement financiers.
Et d'ailleurs, comment justifier que si l'un des buts poursuivis est de dégager la vue sur l'unité architecturale XVIIIème des bâtiments, on plante deux fois plus d'arbres qu'à l'heure actuelle ?

Bref...
Une chose est certaine, c'est que la place Gambetta telle que la connaissaient les bordelais depuis des dizaines d'années n'aura plus jamais le charme de nos souvenirs d'enfance.
Et il est également certain que le temps que les nouveaux arbres soient plantés et de taille comparable, les bordelais vont avoir plus chaud pendant quelques dizaines d'années...

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(
image Sud-Ouest)

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18 octobre 2018

Mademoiselle de Joncquières vs Un peuple et son roi


4214720Deux films en 15 jours avec Sainte Chérie.
Deux films d'époque et de la même époque (à un chouille près : le premier étant tiré d'un roman de Diderot qui se situe entre 1765 et 1789 et le second racontant la Révolution Française entre 1789 et 1793).

C'est le professeur de littérature de Sainte Chérie qui leur avait parlé en cours de Mademoiselle de Joncquière. J'avoue que, de mon côté, j'avais bien oublié ce passage de "Jacques le Fataliste et son maître" (en même temps, franchement, à part me rappeler que je l'ai lu au lycée, je n'en garde absolument aucun souvenir) mais la période historique et le casting m'ont décidée.

Ce fut une très bonne décision, bien plus que celle concernant le deuxième film dont je vais vous parler juste après !
Dans une ambiance feutrée, minimaliste, pastelle, on retrouve une sorte de "Liaisons dangereuses". Cruauté et cynisme n'ont rien à envier à Choderlos de Laclos mais, là, où il s'agissait d'un jeu entre Valmont et Merteuil, ici, il s'agit uniquement de vengeance. C'est tout aussi odieux mais il y en a un qu'on peut quelque peu justifier...

Beaucoup de silences, d'ellipses qui nous donnent l'impression de flotter dans un rêve dont on redescend abruptement lorsque la cruauté de l'âme humaine se révèle et qui rend le contraste encore plus violent...
On se laisse porter par la beauté de la langue "façon XVIIIème", le marivaudage des personnages, cette ambiance de guerre des sexes un peu désuète et, pourtant pas si obsolète que ça

Les acteurs sont tous impeccables, avec une mention toute particulière pour la jeune Alice Izaas qui, dans un rôle très silencieux, livre toute une palette de sentiments et d'émotions, sans parler de sa beauté !
Mais il est évident que Cécile de France et Edouard Baer incarnent leurs personnages et se glissent dedans comme dans une seconde peau. 

Bref, un petit bijou sur toute la ligne qui me donne évidemment envie de citer Musset : "Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; <...> mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : " J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." qui colle si bien aux personnages et à l'histoire. 

 

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Et, donc, Un peuple et son roi...

Alors, là, la déception fut à la hauteur de l'ennui ressenti tout le long du film (ou presque !). Nous nous attendions à une petite pépite. Nous étions d'ores et déjà acquises tout entières au film et, là, RIEN ! La vacuité que les deux ou trois petits points positifs n'ont pas réussi à faire oublier...

On pouvait imaginer, vu le titre, que le film s'attacherait, non pas à nous raconter une énième fois ce que tout le monde sait des grands évènements de la Révolution (perso, ça ne m'aurait pas gênée mais bon...), mais le point de vue du peuple, de la masse qui a voulu la Révolution et en a été l'actrice autant que les grands acteurs historiques.
Sauf qu'on passe de l'un à l'autre sans s'attacher à personne, sans pénétrer leurs propres histoires, vécus, convictions. On voit tout et on ne regarde personne !

Alors, certes, la rigueur historique du film est exemplaire mais on ne l'entre-aperçoit qu'en tous petits pointillés éparpillés, rien n'est expliqué, ce qui a pour conséquence de quasiment rendre incompréhensibles les évènements et leur enchaînement. Et comme, de l'autre côté, on ne s'attache pas aux ressentis des personnages ni à leurs histoires, il ne reste plus grand chose pour retenir l'intérêt.

Alors, oui, on peut apprécier que le réalisateur ait fait un effort remarquable afin de rendre l'importance de la place des femmes qui fut trop souvent réduit aux journées d'octobre 89. En même temps, je me demande si sa volonté n'est pas aussi une façon de suivre le courant de ce qui se passe depuis un an sur ce plan-là (je rappelle que les médias en sont à louer les films de Disney faisant la part belle aux héroïnes en tant que femmes fortes...).

Mais, franchement, rendez-moi Robert Enrico et sa sublime "Révolution Française" !!!

 

04 octobre 2018

Le lambeau

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J'avais offert à Monsieur Père le livre de Philippe Lançon, journaliste à Libé et Charlie Hebdo, gravement blessé durant l’attentat du 7 janvier 2015. J'avais entendu beaucoup d'avis de journalistes, de blogueurs et autres lecteurs et tous étaient unanimes : c'est un livre nécessaire !

Je l’ai lu en quatre jours à peine, cet été, pendant mes vacances, tout en faisant mes travaux et, même mon pinceau à la main, en haut de mon échelle, j'avais les mots dans la tête en permanence. C'est un livre puissant et difficile.
Ce n'est pas tant l'horreur des détails (quoique, maintenant, j'imaginerai toujours le cerveau de Bernard Marris en anémone de mer !) que la difficulté de ce qu'il arrive à traverser pour se reconstruire physiquement et moralement... Je ne ferai pas de comparaison idiote mais, par certains aspects (bien moins graves, heureusement), je revoyais les étapes de la reconstruction de mon épaule, l'incompréhension des gens qui trouvent qu'on ne va pas assez vite, les avis médicaux, parfois flous, souvent contradictoires, la peur de se retrouver à franchir certains caps, de quitter les petites zones de confort qu'on arrive à se créer...

Ce livre est une profession de vie, d'une vie ordinaire qui bascule dans ce que personne ne peut imaginer, sans forfanterie, sans misérabilisme.
J'ai aimé que l'auteur ne nous épargne rien, pas même ses réactions parfois pas très "nobles", pas très gentilles, l'égoïsme (si tant est qu'on puisse le qualifier ainsi) qu'il est obligé d'ériger en rempart pour se protéger, pour se soutenir, pour se relever.
J'ai aimé la façon dont il relève certains petits détails du quotidien, anodins mais qui se mettent à revêtir une importance capitale dans son existence tout à coup réduite à l'essentiel.

Ce livre est vraiment un acte de résilience, pas vis à vis des terroristes dont, finalement, il parle peu mais, vis à vis de lui. Il ne s'épargne rien à nos yeux et il l'assume.
En revanche, s'il ne le dit pas, le livre induit que sa reconstruction, tant physique que mentale, est loin d'être achevée et je n'ose imaginer le nombre de moments où les cauchemars, les sursauts refont surface, la pénibilité des hommages qui, malheureusement émaillent maintenant nos années...

 

Bref, c'est le livre d'un homme qui survit à l'horreur et qui est faible et fort à la fois mais qui ne lâche jamais rien et qui n'appelle à aucune pitié.

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14 septembre 2018

Mamma Mia 2 : Here we go again

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Alors, là, j'avoue, je reviens assez loin en arrière dans l'actualité mais j'avais quand même envie de vous en parler.
Donc, cet été, j'avais proposé à Sainte Chérie d'aller voir la suite du film " Mamma Mia " (comme quoi, on peut aimer et Mississippi Burning et Mamma Mia, ce n'est pas incompatible !) et elle avait accepté avec enthousiasme... Je reconnais que, contrairement à elle, j'étais, une fois de plus, partagée entre l'envie de retrouver les personnages et l'ambiance de la comédie musicale et du premier film et l'appréhension que sous-tend toute suite !

La première partie du film m'a semblé très longue et j'ai craint d'avoir eu raison et puis, tout à coup, sans crier gare (et je n'arrive pas à situer à quel moment exactement !), l'étincelle a eu lieu et j'ai retrouvé le charme qui m'avait plu dans le premier opus !
Finalement, on est ressorties toutes les deux avec le sourire jusqu'aux oreilles et en se disant qu'on avait vraiment bien fait et qu'on avait passé une bonne soirée !

Donc, je ne vous dirai pas que ce film est parfait et le chef d'oeuvre de l'année mais c'est un excellent film estival et, je pense qu'il fera un bon film pour les dimanches d'hiver pluvieux, avec un bon thé et un plaid sur les genoux (c'est pour ça que je peux en parler presque deux mois après... La sortie en DVD n'est pas loin, ça va redevenir de l'actu brûlante, voire même d'avant-garde).

Bien entendu, le fait de retrouver les acteurs et la musique du groupe suédois joue pas mal dans le plaisir du film. Même si certains ont pris un coup de vieux, on a quand même l'impression de retrouver une vieille bande de copains. Bref, c'est (pour reprendre l'expression à la mode !) la comédie feel-good !

Certains ont reproché le côté "carton-pâte" mais c'était le parti-pris de la production qui ne voulait pas trop qu'on oublie que c'était l'adaptation d'une comédie musicale.
Et puis, finalement, quelque part, c'est aussi ce qui fait le charme du film : cet aspect hors du temps et de l'espace. Ce monde quelque peu asseptisé où il fait toujours soleil et où tout le monde s'aime car si ce n'était pas le monde des Bisounours, ce serait moins en adéquation avec la musique et ce qu'on en attend !

 

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10 septembre 2018

Blackkklansman

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Sainte Chérie était très motivée pour aller voir le dernier Spike Lee racontant l'histoire vraie du premier policier noir de Colorado Springs qui, dans les années 70, réussit à infiltrer le Ku Klux Klan avec l'aide de son collègue, juif de religion.
Cette histoire est tellement incroyable et improbable que, si je ne savais pas qu'elle est vraie, je me serais vraiment dit que les scénaristes hollywoodiens en faisaient trop et pourtant...

Loin de la violence affichée, visuelle, brutale, nauséeuse d'un Mississipi Burning (vu quelques jours après histoire de boucler la boucle !), on va dire qu'au milieu d'une ambiance presque légère ou souriante, j'ai pris quelques uppercuts sur certaines scènes et que je n'étais pas la seule vu le silence qui s'en est suivi à l'apparition de l'écran noir après le générique de fin.
Notamment une scène sublime en miroir entre la grand'messe d'intronisation des nouveaux membres du Klan (avec extraits du film "Naissance d'une nation") et une réunion du Black Power durant laquelle un homme fait le récit du lynchage de Jesse Washington, qui, en 1916, fut émasculé, carbonisé et pendu à un arbre. Perso, j'ai pris direct l'aller et le retour. Points levés face à mains levées, black power face à white power...

Les acteurs sont tous excellent dont le fils de Denzel Washington : John David et Adam Driver, qui montre qu'il est bon ailleurs que dans la saga Star Wars.
Les décors et les costumes reconstituent fidèlement les années 70 et la mise en scène de Spike Lee est toujours aussi punchy !

Sainte Chérie ne connaissait pas Spike Lee et a été légèrement déroutée par l'humour qui transparaît tout le long du film, parfois à la limite de la farce (je crois d'ailleurs que cela fait partie des critiques qui sont faites au réalisateur : avoir trop appuyé l'humour sur un sujet aussi lourd) et j'avoue que moi aussi car il est assez bizarre de parler du KKK et d'avoir envie d'en rire par moments. On développe une certaine volonté de résistance à la légèreté. 
En même temps, elle, elle m'a dit que ça lui avait permis de reprendre un peu sa respiration au milieu des uppercuts... Alors, si, en plus, ça rend service...

Et, je crois que c'est là la force du film : nous donner l'impression qu'on regarde une comédie, nous obliger à nous laisser porter légèrement avant de nous claquer la face sans échappatoire.
Nous avons beaucoup aimé, elle comme moi. En revanche, elle  a été particulièrement frappée par le parallèle avec l'actualité récente (et, encore plus, après avoir vu Mississippi Burning). Pour elle, ce sont des évènements historiques qui ne peuvent pas persister en 2018... 

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30 août 2018

La dernière reine

5137NQ8AYWLC'est un livre qui m'a été prêté par une copine, connaissance mon intérêt pour l'Histoire.
J'avoue que, pour moi, Victoria, c'est un peu la caricature qu'on en connaît : un règne excessivement long, une petite dame pas drôle et toujours en noir et une époque bien trop puritaine et hypocrite (notamment face à la misère du petit peuple)...
Et, justement, ce livre a fait du bien à mes préjugés : il les a confortés !
Certes, Victoria n'a pas été aidée par l'époque et ses proches mais elle est bien ce à quoi elle ressemble et dans la même ligne que ce qu'elle représente.

Je pense très sincèrement qu'en épousant un autre que son Albert, peut-être cela aurait-il pu être un peu différent malgré le contexte social car le début de la biographie montre une jeune-fille gaie, volontaire et caractérielle, d'un égoïsme assez incroyable mais ayant à coeur de bien faire malgré sa peur de ne pas être à la hauteur et sa mère odieusement ambitieuse. 
Ses deux premières années de règne avec Lord Melbourne pouvaient paraître prometteuses et puis elle tombe amoureuse d'Albert...
Elle qui voulait conserver son indépendance, son pouvoir, la voilà qui, en deux temps trois mouvements, se retrouve femme soumise, neurasthénique chronique, laissant la gestion du pouvoir à son mari et se contentant de le bader, de prier et d'enfanter neuf enfants qui (avec leur descendance) se retrouveront à intégrer tous les trônes d'Europe...
Le puritanisme de son époux, sa volonté inflexible de remettre la morale et la religion au premier plan de l'existence privée et publique l'enferment dans un carcan qui ne fera qu'exacerber son égoïsme et sa tendance à la dépression.
Finalement, elle fut la reine d'une époque qui connut beaucoup de changements mais elle n'en fut que très peu l'instigatrice et l'actrice et les avancées sociales obtenues l'ont surtout été, soit par Albert qui était très attaché à l'éducation, soit par les gouvernements successifs.

Ce livre, dont la source n'est autre que le journal intime que la reine tiendra quotidiennement toute sa vie, montre également une femme ambivalente, dure et geignarde, voulant avoir un regard sur tout tout en se désintéressant de la politique...
Elle ne répondait qu'à un seul maître : son égoïsme et, là, elle était capable, de déplacer des montagnes pour se satisfaire !

Elle se montre également mère distante. On le sait, à cette époque et dans ces classes sociales élevées, les enfants étaient quantité négligeable mais Victoria vit comme un fardeau ses grossesses et le fait d'être mère. Elle le dit dans son journal et l'écrit à sa fille aînée quand celle-ci deviendra mère à son tour. C'est plutôt Albert qui se montre dur mais paternel. Elle se montre castratrice abreuvant ses enfants de leçons de morale quotidiennement, même à l'âge adulte et voulant en garder un à côté d'elle, seulement pour ne pas être seule...

A côté de cet aspect, ce livre est très instructif quant à l'histoire de l'Angleterre du XIXème siècle : les liens qui existent entre les différentes royautés et leurs dissensions, l'introduction du libre-échange, la première révolution industrielle, les différents ministres qui se sont succédés, la colonisation, les conflits plus ou moins (et plutôt moins que plus !) larvés sur le continent…

En bref, j'ai aimé lire cette biographie fort intéressante, même si à ce jour, je ne pourrai pas reconnaître que Victoria put être une grande reine (si ce n'est par sa longévité). Le style en est agréable et fluide ce qui aide à passer certains passages un peu longs (notamment ses dix premières années de veuvage. J'aurais adoré pouvoir tuer une deuxième fois Albert pour qu'on arrête d'en parler !).

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