Les adieux à la reine
Versailles le 14 juillet 1789, la cour vit dans un luxe et selon un rituel séculaire sans aucune conscience de la situation du peuple français. Les parisiens, eux, se révoltent en prenant la Bastille. Au coeur de l'intimité royale, Sidonie Laborde est lectrice de la reine Marie-Antoinette. Elle assistera aux premiers jours de la Révolution, aux débuts de la chute de l'Ancien Régime.
Je n'ai connu l'existence de " Les Adieux à la reine " en tant que livre que lorsque que le film de Benoît Jacquot est sorti. J'avais beaucoup aimé le film donc quand cet été, je suis tombée par hasard sur le livre, je me suis dit que c'était une bonne occasion.
Le roman a été écrit par Chantal Thomas, spécialiste de cette période de l'Histoire et chercheuse au CNS et non pas la spécialiste des dessous affriolants. Il bénéficie donc d'une grande rigueur historique. En revanche, je regrette que personne n'ait songé à inclure des notes et/ou une bibliographie permettant de déterminer, pour la simple lectrice que je suis, ce qui touche à l'Histoire et ce qui tient du romanesque. Oui, je suis de ces gens qui aiment à savoir ces petites choses.
Le style narratif est agréable mais pas aisé, sans doute une répercussion du côté " CNRS " de l'auteur. Il s'agit de mémoires donc le récit est à la première personne mais j'ai eu du mal à plonger au coeur du roman. J'avais plus l'impression d'être une indiscrète cachée derrière une fenêtre.
Concernant l'histoire, tout le monde connaît le déroulement de ces journées là mais, bien souvent, on ne s'attache au point de vue de la Cour que pour rappeler que Louis XVI n'a rien noté dans son journal à la journée du 14 juillet. L'essentiel est vu du côté du peuple. Dans son roman, Chantal Thomas s'attache à nous raconter un troisième point de vue, celui de la Cour et des serviteurs de Versailles.
Quelques salons d'apparât, un peu de galerie des glaces mais beaucoup de petits cabinets, de coursives et de couloirs sous les toits et dans les ailes plus éloignées du château. Quelques dorures pour masquer la réalité de la puanteur et de la crasse.
Il n'est nullement question de juger des décisions et des personnalités de Louis XVI et Marie-Antoinette qui s'effacent un peu dans le decorum. Non, il s'agit plutôt de montrer voire de comprendre la chute de l'édifice du côté de ceux qui en étaient les armatures : cette noblesse qu'on nous dépeint toujours comme frivole, luxueuse et inconséquente.
Prise au piège sans avoir la moindre once de bon sens pour essayer de s'en sortir, tiraillée entre l'instinct de survie et les lois de l'Etiquette. Inadaptée à la moindre réalité. La nuit leur rend leur vraie nature d'êtres humains mais le jour les apparences doivent reprendre le dessus. Trois jours durant, l'auteur nous raconte ses successions d'ambiance, cette irruption d'un monde parallèle dans la cage dorée de Versailles.
Au final, même si je n'ai pas été aussi enchantée que je l'espérais, j'ai beaucoup aimé cette plongée dans les arcanes de la cour de Versailles. J'ai adoré découvrir ce troisième oeil sans concession.
Cependant, le style ne m'a pas vraiment permis de me laisser emporter comme dans un roman et le manque de sources a quelque peu frustré ma soif de certitudes.