4214720Deux films en 15 jours avec Sainte Chérie.
Deux films d'époque et de la même époque (à un chouille près : le premier étant tiré d'un roman de Diderot qui se situe entre 1765 et 1789 et le second racontant la Révolution Française entre 1789 et 1793).

C'est le professeur de littérature de Sainte Chérie qui leur avait parlé en cours de Mademoiselle de Joncquière. J'avoue que, de mon côté, j'avais bien oublié ce passage de "Jacques le Fataliste et son maître" (en même temps, franchement, à part me rappeler que je l'ai lu au lycée, je n'en garde absolument aucun souvenir) mais la période historique et le casting m'ont décidée.

Ce fut une très bonne décision, bien plus que celle concernant le deuxième film dont je vais vous parler juste après !
Dans une ambiance feutrée, minimaliste, pastelle, on retrouve une sorte de "Liaisons dangereuses". Cruauté et cynisme n'ont rien à envier à Choderlos de Laclos mais, là, où il s'agissait d'un jeu entre Valmont et Merteuil, ici, il s'agit uniquement de vengeance. C'est tout aussi odieux mais il y en a un qu'on peut quelque peu justifier...

Beaucoup de silences, d'ellipses qui nous donnent l'impression de flotter dans un rêve dont on redescend abruptement lorsque la cruauté de l'âme humaine se révèle et qui rend le contraste encore plus violent...
On se laisse porter par la beauté de la langue "façon XVIIIème", le marivaudage des personnages, cette ambiance de guerre des sexes un peu désuète et, pourtant pas si obsolète que ça

Les acteurs sont tous impeccables, avec une mention toute particulière pour la jeune Alice Izaas qui, dans un rôle très silencieux, livre toute une palette de sentiments et d'émotions, sans parler de sa beauté !
Mais il est évident que Cécile de France et Edouard Baer incarnent leurs personnages et se glissent dedans comme dans une seconde peau. 

Bref, un petit bijou sur toute la ligne qui me donne évidemment envie de citer Musset : "Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; <...> mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : " J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." qui colle si bien aux personnages et à l'histoire. 

 

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Et, donc, Un peuple et son roi...

Alors, là, la déception fut à la hauteur de l'ennui ressenti tout le long du film (ou presque !). Nous nous attendions à une petite pépite. Nous étions d'ores et déjà acquises tout entières au film et, là, RIEN ! La vacuité que les deux ou trois petits points positifs n'ont pas réussi à faire oublier...

On pouvait imaginer, vu le titre, que le film s'attacherait, non pas à nous raconter une énième fois ce que tout le monde sait des grands évènements de la Révolution (perso, ça ne m'aurait pas gênée mais bon...), mais le point de vue du peuple, de la masse qui a voulu la Révolution et en a été l'actrice autant que les grands acteurs historiques.
Sauf qu'on passe de l'un à l'autre sans s'attacher à personne, sans pénétrer leurs propres histoires, vécus, convictions. On voit tout et on ne regarde personne !

Alors, certes, la rigueur historique du film est exemplaire mais on ne l'entre-aperçoit qu'en tous petits pointillés éparpillés, rien n'est expliqué, ce qui a pour conséquence de quasiment rendre incompréhensibles les évènements et leur enchaînement. Et comme, de l'autre côté, on ne s'attache pas aux ressentis des personnages ni à leurs histoires, il ne reste plus grand chose pour retenir l'intérêt.

Alors, oui, on peut apprécier que le réalisateur ait fait un effort remarquable afin de rendre l'importance de la place des femmes qui fut trop souvent réduit aux journées d'octobre 89. En même temps, je me demande si sa volonté n'est pas aussi une façon de suivre le courant de ce qui se passe depuis un an sur ce plan-là (je rappelle que les médias en sont à louer les films de Disney faisant la part belle aux héroïnes en tant que femmes fortes...).

Mais, franchement, rendez-moi Robert Enrico et sa sublime "Révolution Française" !!!