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J'avais offert à Monsieur Père le livre de Philippe Lançon, journaliste à Libé et Charlie Hebdo, gravement blessé durant l’attentat du 7 janvier 2015. J'avais entendu beaucoup d'avis de journalistes, de blogueurs et autres lecteurs et tous étaient unanimes : c'est un livre nécessaire !

Je l’ai lu en quatre jours à peine, cet été, pendant mes vacances, tout en faisant mes travaux et, même mon pinceau à la main, en haut de mon échelle, j'avais les mots dans la tête en permanence. C'est un livre puissant et difficile.
Ce n'est pas tant l'horreur des détails (quoique, maintenant, j'imaginerai toujours le cerveau de Bernard Marris en anémone de mer !) que la difficulté de ce qu'il arrive à traverser pour se reconstruire physiquement et moralement... Je ne ferai pas de comparaison idiote mais, par certains aspects (bien moins graves, heureusement), je revoyais les étapes de la reconstruction de mon épaule, l'incompréhension des gens qui trouvent qu'on ne va pas assez vite, les avis médicaux, parfois flous, souvent contradictoires, la peur de se retrouver à franchir certains caps, de quitter les petites zones de confort qu'on arrive à se créer...

Ce livre est une profession de vie, d'une vie ordinaire qui bascule dans ce que personne ne peut imaginer, sans forfanterie, sans misérabilisme.
J'ai aimé que l'auteur ne nous épargne rien, pas même ses réactions parfois pas très "nobles", pas très gentilles, l'égoïsme (si tant est qu'on puisse le qualifier ainsi) qu'il est obligé d'ériger en rempart pour se protéger, pour se soutenir, pour se relever.
J'ai aimé la façon dont il relève certains petits détails du quotidien, anodins mais qui se mettent à revêtir une importance capitale dans son existence tout à coup réduite à l'essentiel.

Ce livre est vraiment un acte de résilience, pas vis à vis des terroristes dont, finalement, il parle peu mais, vis à vis de lui. Il ne s'épargne rien à nos yeux et il l'assume.
En revanche, s'il ne le dit pas, le livre induit que sa reconstruction, tant physique que mentale, est loin d'être achevée et je n'ose imaginer le nombre de moments où les cauchemars, les sursauts refont surface, la pénibilité des hommages qui, malheureusement émaillent maintenant nos années...

 

Bref, c'est le livre d'un homme qui survit à l'horreur et qui est faible et fort à la fois mais qui ne lâche jamais rien et qui n'appelle à aucune pitié.