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Sainte Chérie était très motivée pour aller voir le dernier Spike Lee racontant l'histoire vraie du premier policier noir de Colorado Springs qui, dans les années 70, réussit à infiltrer le Ku Klux Klan avec l'aide de son collègue, juif de religion.
Cette histoire est tellement incroyable et improbable que, si je ne savais pas qu'elle est vraie, je me serais vraiment dit que les scénaristes hollywoodiens en faisaient trop et pourtant...

Loin de la violence affichée, visuelle, brutale, nauséeuse d'un Mississipi Burning (vu quelques jours après histoire de boucler la boucle !), on va dire qu'au milieu d'une ambiance presque légère ou souriante, j'ai pris quelques uppercuts sur certaines scènes et que je n'étais pas la seule vu le silence qui s'en est suivi à l'apparition de l'écran noir après le générique de fin.
Notamment une scène sublime en miroir entre la grand'messe d'intronisation des nouveaux membres du Klan (avec extraits du film "Naissance d'une nation") et une réunion du Black Power durant laquelle un homme fait le récit du lynchage de Jesse Washington, qui, en 1916, fut émasculé, carbonisé et pendu à un arbre. Perso, j'ai pris direct l'aller et le retour. Points levés face à mains levées, black power face à white power...

Les acteurs sont tous excellent dont le fils de Denzel Washington : John David et Adam Driver, qui montre qu'il est bon ailleurs que dans la saga Star Wars.
Les décors et les costumes reconstituent fidèlement les années 70 et la mise en scène de Spike Lee est toujours aussi punchy !

Sainte Chérie ne connaissait pas Spike Lee et a été légèrement déroutée par l'humour qui transparaît tout le long du film, parfois à la limite de la farce (je crois d'ailleurs que cela fait partie des critiques qui sont faites au réalisateur : avoir trop appuyé l'humour sur un sujet aussi lourd) et j'avoue que moi aussi car il est assez bizarre de parler du KKK et d'avoir envie d'en rire par moments. On développe une certaine volonté de résistance à la légèreté. 
En même temps, elle, elle m'a dit que ça lui avait permis de reprendre un peu sa respiration au milieu des uppercuts... Alors, si, en plus, ça rend service...

Et, je crois que c'est là la force du film : nous donner l'impression qu'on regarde une comédie, nous obliger à nous laisser porter légèrement avant de nous claquer la face sans échappatoire.
Nous avons beaucoup aimé, elle comme moi. En revanche, elle  a été particulièrement frappée par le parallèle avec l'actualité récente (et, encore plus, après avoir vu Mississippi Burning). Pour elle, ce sont des évènements historiques qui ne peuvent pas persister en 2018...