« L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen », explique Leo Muscato. « Il estime qu’à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles ».
C'est ainsi que le metteur en scène de la nouvelle version de l'opéra de Bizet justifie le choix de modifier la fin de l'oeuvre en transformant Carmen en meurtrière de Don José.

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Je vous avoue que, lorsque j'ai lu la nouvelle, sur le coup, j'ai cru à une blague, à une grosse farce destinée à nous faire prendre conscience du ridicule de certaines revendications poussées à l'extrême mais non !
Fratribus m'a confirmé que la matinale d'une célèbre radio nationale s'en était largement fait l'écho et que cela avait largement alimenté le débat.
Donc force m'est de constater que la nouvelle est bien avérée et, donc, bien évidemment, vous me connaissez, j'ai bondi et ai enfourché directement mon cheval d'indignation.

Ce qui m'ennuie quelque part, c'est ce que je soupçonne largement le directeur de l'opéra de Florence d'avoir voulu faire un coup de pub en surfant sur la "mode" des violences faites aux femmes et qu'en rédigeant ce billet, je cautionne et participe à cette mise en lumière mais ne pas le faire risquerait m'étouffer ! 

Bref...

Donc, voilà, ce brave monsieur a dû se dire qu'il allait s'offrir une publicité à l'échelle mondiale sans dépenser un centime mais j'y trouve tellement plus à en déplorer...

D'abord, j'affirme et maintiens que, visiblement, j'ai cherché mais ni la nouvelle de Mérimée, ni le livret de l'opéra de Bizet ne sont des oeuvres artistiques libres de droits. Ce qui veut dire qu'ils sont dans le domaine public donc il n'y a rien à payer pour les utiliser mais le droit moral de l'auteur persiste puisqu'il est inaliénable, perpétuel et imprescriptible et ce droit moral comprend la notion de droit au respect de l'intégrité de l'oeuvre.
Par conséquent, sur l'affiche, il aurait fallu ajouter que ce n'était pas l'opéra de Bizet, tiré de la nouvelle de Mérimée mais une adaptation de...
Et, oui, je chipote mais il n'empêche que, moralement, ça m'agace prodigieusement : c'est une A-DAP-TA-TION !!!
On peut transposer une oeuvre (personnellement, j'ai vu une Carmen jouxtant le camp de Guantanamo !) mais pas la modifier librement ou sans le préciser...
Bien sûr qu'on peut adapter ou modifier une oeuvre ! C'est ce qui permet à l'art et à la culture d'évoluer également mais, dans ce cas-là, on ne peut plus dire que c'est l'oeuvre. Non, c'est une création inspirée de...
Et, je vous préviens, pas la peine de me dire que peut-être blablabla, j'ai vérifié, l'affiche du spectacle est muette sur le sujet !

 

Ensuite, franchement, depuis quelques temps, le nécessaire et indispensable soutien apporté à la cause des femmes s'est mué en une idéologie et une intolérance qui flirtent (sans main baladeuse ou sifflet de mauvais aloi) avec un ridicule affligeant !
Il est évident qu'il était temps de tenter de soulever la chape de plomb qui touche aux agressions sexuelles. Il était temps de faire prendre conscience de la déviance quotidienne de certains dialogues, gestes ou autres. Il était grand temps de partir à l'assaut pour faire enfin bouger les choses...
Sauf que là chaque jour amène son lot de déclaration choc, de surenchère plus ou moins hasardeuse.
Parfois, j'en arrive à me dire que, dans les années 90, il fallait avoir son tamagotchi pour être dans le vent et, aujourd'hui, si tu es une femme, il faut avoir au moins un porc à balancer même s'il n'a fait qu'un compliment innocent dans la rue et, si tu es un homme, il faut que tu affiches ouvertement que tu craches bien sur tout homme qui pourrait ressembler de près ou de loin à un porc...
Je sais la comparaison est presque outrageuse mais ce que je lis ou entends me fait craindre le pire pour le devenir des relations hommes-femmes.
Et, attention, je ne nie encore une fois pas du tout la nécessité de cette prise de conscience collective pour espérer un changement de mentalités mais le débat en arrive à de tels extrêmes, à de telles aberrations, que cela ne peut que nuire à la cause des femmes. Cela ne peut être que contre-productif !
Et cela me désole d'imaginer que, dans 10 ans, peut-être, Sainte Chérie devra aller à un premier rendez-vous avec un avocat qui sera garant du dialogue et des gestes entre eux deux...
Et, là, franchement, dans le cas de Carmen, quoi de plus ridicule que d'insinuer que Mérimée ou Bizet aient eu la volonté de faire l'apologie des violences faites aux femmes ???
Et, même s'ils ne l'ont pas eue, que leur oeuvre soit une sorte d'apologie de la violence faite aux femmes et que le fait que des spectateurs applaudissent l'oeuvre artistique en fasse des complices, voire des partisans de tout cela...
Remarquez qu'à côté de ça, certaines personnes peuvent continuer à attiser les haines et à faire l'apologie du racisme dans les médias les plus en vue sans être inquiétés plus que cela puisqu'il s'agit, là, de respecter la liberté d'expression. Ouf, l'honneur est sauf !

 

Enfin, petite cerise sur le gâteau mais, tenez-vous bien, prenez un café et branchez tous vos neurones !
La justification du metteur en scène : "Don José se rend compte que le fait d’avoir poussé Carmen à un geste aussi extrême (c'est à dire le tuer) revient à l’avoir tuée et ses dernières paroles "Vous pouvez m’arrêter, c’est moi qui l’ai tuée" prennent alors une dimension symbolique".
Et, là, moi, j'en conclus que certains sont très très torturés dans leur tête...
Non parce que, si on analyse bien, Carmen est la victime de la folie/jalousie de Don José qui l'assassine. Donc, pourquoi changer la fin pour en faire la coupable pour, ensuite, expliquer que la symbolique sous-jaccente est qu'elle est la victime induite du comportement abusif de son amant ?
Ouh la ! Je sens que j'ai perdu du lectorat en route sur ce coup-là...
Pour simplifier ou vous rendre l'idée plus imagée, Madame Mère dirait sans doute avec la franchise de son vocabulaire, parfois fleuri : "ils enc... les mouches !" (oui, oui, j'avais prévenu, parfois, elle ne fait pas dans la litote !)
Non, mais sinon, ce qui est bien, c'est que la culture et l'art se ressemblent sur un point, ils peuvent parfois attirer les mêmes personnes bouffies de leur propre "génie créatif" qui révolutionnent le néant et applaudissent à tout rompre pour être sûrs de ne pas risquer avoir manqué quelque chose... Ils sont ce que je déteste : des intellos intellectualisants plein de leur propre vacuité mais s'auto-congratulant de leur élitisme fumeux !

 

Donc, après y avoir réfléchi, j'en suis arrivée à la conclusion (absolument pas exhaustive !) que :

- il va falloir interdire la diffusion du film " Les nuits avec mon ennemi " avec Julia Roberts qui, pourtant, ne date que des années 90 mais c'est la règle : ne pas faire en sorte que des gens puissent aimer une oeuvre comprenant de la violence envers les femmes ! 

- le film " Tatie Danielle " doit tomber sur l'autel de la rédemption sociétale à double titre, c'est un homme qui réalise un film sur une femme atroce ET, en plus, elle est vieille... Femme et vieille... Ouh la ! C'est que ça peut aller chercher loin de rire devant un tel spectacle qui ne respecte ni les femmes, ni les personnes âgées !

- il va falloir envisager de réécrire " Antigone " car Créon condamne sa nièce à être enterrée vivante, ce qui est une suprême violence faite par un homme à une femme... Il est donc inenvisageable d'aimer lire cette pièce ou d'assister à une représentation si ce n'est pour huer et jeter des tomates sur la scène à la fin pour bien montrer sa désaprobation...

- on va également être embêtés avec la Lady Macbeth de Shakespeare qui est un être cupide, meurtrier, amoral. C'est très mauvais pour l'image des femmes qui ne devraient pas être autre chose que des êtres parfaits et supérieurs, à peine de considérer qu'on cherche à les rabaisser pour mieux les humilier...

- Molière va également devoir assister à la réécriture de ses " Précieuses ridicules " qui traîte, sans vergogne, les femmes avec le plus profond mépris et en donne une image humiliante.

- " Oui-Oui au pays des jouets " pourrait se révéler politiquement correct...  Ah non, pas bon pour les personnes de petite taille à cause du nain Potiron !

- sur un plan un peu différent mais pas tant que ça (si vous avez vu certains films américains récents et les avertissements à la fin du générique), je pense qu'à la prochaine création scénique de Carmen, il faudrait envisager de lui faire changer de métier des fois qu'on pourrait considérer que l'oeuvre de Bizet est une incitation au tabagisme, non ?
Bon, il faudra bien réfléchir pour que la nouvelle profession ne soit ni sexiste, ni humiliante... Présidente de la République ?

Et sinon, il nous reste quoi comme oeuvre acceptable ?
Le dialogue des Carmélites ?