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Il est évident que ce livre m'est tombé entre les mains suite au décès de son auteure.
J'ai son discours devant l'assemblée nationale de novembre 1974 en bonne place dans ma bibliothèque, je connaissais les grandes lignes de son parcours mais de voir tous les hommages et images d'archives, j'ai eu envie d'approfondir un peu plus.

J'ai d'abord aimé le style d'écriture qui est fluide et léger. J'allais dire mais je sens bien ce que cette appellation a de péjoratif, c'est un style de "livre d'été".
Non, ce n'est pas parce que c'est un roman à l'eau de rose écrit avec les pieds. Non, en fait, à la lecture, le style glisse tout seul mais, malgré son apparente légèreté et facilité, il est très épuré et assez soutenu. Bref, il est bien écrit sans qu'il n'y paraisse !

Ensuite, j'ai été très intéressée par l'existence hors du commun de cette femme qui, effectivement, a été déportée avec sa mère et une de ses soeurs, qui a survécu à cet enfer grâce à sa volonté et aussi, un peu aussi, grâce à une bonne étoile qui a fait, qu'une de ses geôlières l'a prise un peu en pitié. Elle raconte son enfance et les déboires de son père sans faux-semblant, avec le bon et le moins bon. 
Elle explique également son parcours après la guerre, ses études, son mariage, son cheminement professionnel jusqu'au gouvernement et la fameuse loi puis l'Europe qui ressemble un peu à une croyance, à une religion pour elle, la juive non pratiquante et non religieuse. Elle avait profondément foi en cette institution tout en reconnaissant les incohérences et les dysfonctionnements qui en émanent.

Enfin, j'ai été impressionnée par la capacité de réflexion et de recul que cette femme possédait. Elle ne cherche pas, on se sent bien qu'elle ne cherchait pas à faire de la démagogie mais que c'était bien ses pensées profondes. 

Bien évidemment, en premier lieu, quand elle parle de Vichy, ce gouvernement qui l'a déportée et est à l'origine de la mort de ses parents et de son frère. On ne s'attend pas à ce qu'elle puisse en parler objectivement et, pourtant, elle remet les choses en perspective. Elle reconnaît que, oui, ce gouvernement était collaborateur du nazisme, que, oui, il y avait des antisémites à qui cela convenait très bien mais elle explique également que la France (avec le Danemark) est le pays d'Europe qui a connu le moins de déportations au sein de la population juive, que certains membres de cette administration a également fait en sorte de ralentir au maximum l'exécution des ordres allemands et que l'existence de la zone libre a permis de retarder d'autant les arrestations des personnes qui avaient pu s'y réfugier et, donc, de sauver des vies puisqu'il n'y eut quasiment aucun survivant dans la population déportée jusqu'en 1943.
Après, il ne faut pas être stupide non plus, elle ne leur tresse pas non plus de couronne de lauriers !
Ceci étant, on retrouve cette réflexion distanciée à propos d'autres sujets comme le recours au tribunal pénal international, notamment suite à la guerre en ex-Yougoslavie. Pour elle, ces criminels de guerre auraient dû être jugés pour crimes contre l'humanité mais dans leur pays et non pas par la communauté internationale car, ce faisant, on a retardé et compliqué d'une certaine façon l'apaisement en les mettant sous une espèce de tutelle. Elle fait le parallèle avec le procès de Nuremberg et celui des responsables de Vichy. Pétain et Laval, notamment, ont été jugés en France par des tribunaux français pour l'atteinte à leur pays et il aurait été inepte de les faire condamner par des représentants de pays non concernés par les faits alors que le procès de Nuremberg concernaient des atteintes à la communauté internationale dans son ensemble. Elle explique ainsi que le fait de se porter en juge suprême rabaisse la population, empêche d'une certaine façon la réconciliation " nationale " puisqu'on leur retire la possibilité de " laver leur linge sale en famille ", comme si un voisin venait punir vos enfants chez vous pour une bêtise qui aurait eu lieu dans votre salon. La frustration engendrée peut être à l'origine d'un ressentiment et le ressentiment se muer en colère, etc.

En revanche, je reconnais que la partie du livre relative à ses opinions politiques (pas son parcours !) m'a moins intéressée. Non, pas quand elle parle de son expérience gouvernementale ou à la tête de la Commission européenne mais quand elle fait état de ses relations avec un tel ou un tel, du caractère de tel autre. J'ai trouvé que ça faisait un peu cour d'école et si cela fait partie de sa vie et donc que ça a sa place dans son autobiographie, ce n'est clairement pas ce qui m'a plu.

En conclusion, même si je ne partage pas toutes ses idées, j'ai aimé lire la vie de cette femme qui m'a donnée l'impression d'être un peu plus intelligente à la fin.