Hier soir, tard (il faut bien le reconnaître !), je me suis retrouvée scotchée à ma télévision devant la rediffusion d'un téléfilm de 2014 en trois épisodes diffusé sur Arte dont je reconnais que je n'avais jamais entendu parler avant. J'étais tellement scotchée qu'il a fallu que j'aille jusqu'au bout du dernier épisode...

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" 3 X Manon " est une série terriblement réelle, même si l'histoire n'est qu'une fiction.
En l'occurrence, il s'agit de l'histoire d'une adolescente de 15 ans, mal dans sa peau, subissant de lourdes crises de violence et de rage au point qu'une nuit, elle poignarde sa mère. La blessure n'est pas grave mais Manon se retrouve enfermée dans un centre d'éducation fermé qui doit lui permettre, en six mois et sous contrôle du juge, d'apprendre à canaliser sa rage et à se " créer " un avenir qui ne passera pas par la case prison...

Le téléfilm est sublimement porté par la bande d'adolescentes du centre avec, en tête, Alba Gaïa Bellugi, époustouflante de justesse, d'émotions à fleur de peau, de sauvagerie, qu'on a tour à tour en
vie de prendre dans nos bras puis de tarter. Tout en elle est absolument incroyable, au point que, par moment, il m'a fallu un temps pour me rappeler que, non, ce n'était pas un documentaire mais le jeu d'une jeune actrice qui n'a pas encore 20 ans. Elle porte dans ses regards, ses attitudes, sa voix une puissance d'incarnation que je n'avais pas vue depuis longtemps !
Elle a parfois la moue de Charlotte Gainsbourg dans " L'effrontée " mais sans cette légèreté qui permettait d'accrocher le mot " comédie " à côté de " dramatique " à ce film...
Il y a également une belle brochette d'acteurs comme Alix Poisson, Yannick Choirat et Marina Foïs, à la pointe de leur talent !

Et puis Jean-Xavier de Lestrade, le réalisateur, qui a le regard du documentariste et qui nous offre une réalisation épurée, nette, sans effet de caméra et, pourtant, sans la dureté et la froideur que l'on peut retrouver parfois chez certains cinéastes dits " sociaux " comme les frères Dardenne, par exemple.
Il filme en se faisant oublier. Il laisse les acteurs exposer les émotions de leur personnage et la violence n'en est pas moindre.
Elle est juste bouleversante !
Il ne cherche pas à justifier l'attitude de Manon. Il ne cherche pas à en faire une héroïne. D'ailleurs, il ne cherche pas à nous expliquer quoi que ce soit, il nous montre juste !
Il ne nous dit pas ce qui amène la jeune fille à subir cet excès de violence incontrôlable qu'elle fait subir à elle-même et aux autres.
Il ne cherche pas à nous montrer pourquoi la mère (Marina Foïs) est finalement toxique pour sa fille. Pas de séance de flash-back ou de confidence psychothérapique pour comprendre pourquoi on en est arrivés là...
On aurait tendance à vouloir voir un nouveau professeur Keating en Alix Poisson (et, d'ailleurs, la scène de la première répétition de l'affrontement entre Cerbère et Orphée m'a donnée envie d'applaudir !) mais, non. Elle est prof, avec des idées, des écueils, des défauts et c'est tout !
Il n'y a pas de héros ! Les personnages sont des êtres humains. Ils ne sont, pour la plupart, ni pires, ni meilleurs que tout un chacun. Ils sont. Point.

Avec tout cela, je me suis donc retrouvée embarqué à mon corps défendant dans cette histoire, craignant, malgré tout, le misérabilisme ou l'émotionnel à outrance mais rien de tout cela.
Tout était parfait, juste et je me suis retrouvée plus d'une fois retournée devant une scène, bouleversée à l'extrême et pas forcément pour les scènes les plus émouvantes, les plus prévisibles à l'émotion. Ce ne sont pas les bagarres qui m'ont forcément le plus prises aux tripes, ni les larmes qui m'ont serré la gorge...
Non, ce sont de petits détails... Un point serré en arrière plan d'une nuque penchée. Un regard échangé entre deux éducateurs. Un tablier enfilé dans une cuisine et des pommes de terres sorties à deux d'un faitout.
Le film n'a même pas vraiment de " morale " à la fin car on n'est pas au pays des Bisounours, ni dans " Les choristes " (que j'avais adoré, ceci étant !)...
Sortie d'affaire, pas sortie d'affaire, ce n'est pas vraiment le sujet. On ne peut même pas parler d'expérience initiatique comme dans " Le cercle des poètes disparus ". On rencontre Manon à un point A de sa vie et on la quitte à un point B.
Et pourtant ces trois téléfilms de 52 minutes sont les plus forts qu'il m'a été donné de voir depuis très longtemps !

Et si je n'ai qu'un conseil : accrochez vos tripes et cherchez vite un replay !