Les trois dernières semaines ont été mouvementées, très mouvementées !
J'ai eu du mal à toucher terre et les quelques moments où j'ai réussi, ça a été pour m'endormir affalée.

Il y a d'abord eu l'expérience renouvelée et toujours merveilleuse des représentations de théâtre.

Le moment suspendu de " l'avant ". Quand chacun se concentre, se prépare.
Mais, si c'est un moment de solitude, ce qui est improbable, c'est que c'est également un moment de partage et d'excitation !
Nous sommes tous ensemble dans les coulisses, à la table de maquillage ou dans les penderies où attendent sagement nos costumes et accessoires. Un coup de main pour un maquillage ou une coiffure par ci, un grignotage par là, une dernière vérification silencieuse des différents éléments de costume et d'accessoires, une plaisanterie à la ronde, un mot d'encouragement, un petit recadrage de texte par rapport à la dernière représentation...
C'est le tout et le rien tour à tour !

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Il y a également les coulisses.
Quand on entend les spectateurs s'installer avant et écouter pendant (oui, on vous entend écouter... Je vous expliquerai juste après !). La concentration ultime, chacun à sa manière, l'instant unique avant d'entrer dans la lumière et d'être quelqu'un d'autre pour quelques instants volés à ce que nous sommes. Ces personnages qui laissent tous une part d'eux en nous et qui nous façonnent tous un peu.

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Pour moi, c'était également l'émotion de retrouver la scène de mes premiers pas au théâtre. Une grosse bouffée qui monte à la gorge en même temps que les coups du brigadier (d'ailleurs, saviez-vous pourquoi le baton s'appelle un brigadier ? C'est dû aux machinistes des théâtres qui travaillent en équipes, appelées brigades. Le brigadier était le chef d'équipe et, par conséquent, le régisseur qui frappait les trois coups, le chef des brigadiers... C'était la seconde culturelle de Miss Blabla !) résonnent dans la salle.
Et une personne, que j'ai eu connue à cette époque-là et qui ne savait pas que j'avais réintégré la troupe 25 ans après ma dernière représentation, est venue me voir juste après pour me dire : " je t'ai reconnue tout de suite quand tu es entrée sur scène ! Je suis tellement contente que tu sois de retour ici ! "

Et puis, cinq représentations. Cinq soirées complètement différentes. Cinq sentiments d'excitation, de bonheur ineffables. Plusieurs personnes m'ont demandé si ce n'était pas lassant de jouer et de rejouer la même pièce. D'abord, cinq fois, c'est loin de représenter les centaines de représentations des acteurs professionnels. Là, je ne peux pas répondre ! En revanche, ce que je sais, à mon humble niveau, c'est qu'il y a un plaisir permanent à jouer et rejouer. Chaque soirée a été différente.

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D'abord du fait du public qui n'était pas le même, qui ne nous renvoyait pas forcément les mêmes émotions, les mêmes réactions et, ça, vous ne le savez peut-être pas mais ça change énormément de choses quand on est sur scène. On sent un public attentif ou qui s'amuse ou exigeant ou ennuyé. Oui, on a beau être concentré sur ce que l'on est entrain d'interprêter, on sent cette énergie, cette ambiance qui vient du public et ça influence notre façon d'être sur scène. On accentuera plus ou moins certaines répliques ou situations. On guettera telle émotion plutôt que telle autre.
J'ai des amies qui m'ont fait la joie de venir deux fois et qui, par hasard, sont venues à deux soirs qui pouvaient difficilement être plus aux antipodes l'un de l'autre et qui m'ont demandé à la fin si nous avions revu la mise en scène entre les deux... La première fois, le côté sombre, violent et cynique de la pièce ressortait, prenait à la gorge mais c'est du Ionesco et, qui dit Ionesco, dit théâtre absurde, et l'autre soir, elles se sont étonnées de la dimension comique, décalée de l'oeuvre.

Ensuite, il y a notre forme, notre humeur et l'ensemble mélangé de chacun. Il a fallu faire avec quelques tensions entre deux mais qui ont ressenti le besoin de vouloir " tout déchirer " chacune dans leur rôle ce soir-là pour libérer leur frustration, leur agacement mais aussi pour montrer qu'elles avaient à coeur de ne pas nous planter tous par une mauvaise énergie.
Là encore, on a beau dire, ce soir-là, on a, insensiblement, fait ressortir d'autres petits aspects de la pièce, que lors d'autres représentations où nous étions d'humeur plus cabotine ou plus concentrée.
Non, définitivement, il n'y a pas de lassitude à jouer plusieurs fois la même pièce. La dimension humaine fait énormément et c'est un privilège incroyable que d'avoir la chance d'interprêter un texte plusieurs fois et de différentes façons.

Et, finalement, il y a toujours ce pincement au coeur quand il faut enlever pour la dernière fois son costume et le raccrocher sur le cintre...
Il y a toujours ce manque, les quelques jours qui suivent la fin. C'est une drogue !

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Clap de fin... jusqu'à l'an prochain !