Quattrocento

Alors, sans doute, vais-je décevoir des gens qui devaient penser que ce livre correspondrait à mon caractère. On m'avait offert " Quattrocento " il y a quelques mois (mi décembre pour être précise) et je pensais vraiment que j'allais m'en délecter. Sur le papier, il regroupait tous les ingrédients qui auraient dû effectivement m'emballer mais je suis quelque peu passée à côté et ma déception est peut-être d'autant plus grande que je pensais vraiment dévorer ce livre...

Peut-être d'ailleurs, n'est-ce pas totalement la faute dudit livre car, je reconnais, qu'avec la préparation du semi-marathon, les répétitions de la pièce de théâtre et tout le reste (quotidien classique, tracasseries administratives liées à mon embauche et au vol de mon portefeuille, etc), j'ai eu du mal à lire autant que j'aurais aimé. Du coup, il est compliqué de se sentir imprégnée d'une histoire quand on arrive péniblement à lire une demi-page par ci, par là.
Après, je crois également que j'ai été déroutée par le fait que je m'attendais à un roman ou biographie historique (entre " Le nom de la rose " et les romans de Jean Diwo) alors que, finalement, c'est un récit historique ou, non, plutôt un essai historico-philosophique.

Le livre nous raconte donc la quête du Pogge, ancien secrétaire apostolique mais de mouvance humaniste, qui parcourt les monastères à la recherche de manuscrits rares. Un jour, en Allemagne, il découvre le " De rerum natura " du poète Lucrèce.
Lucrèce était un écrivain-poète lié à la pensée d'Epicure pour qui, entre autres, tout ce qui existe est fait d'atomes, même l'âme, qui n'a rien d'une entité spirituelle mais n'est qu'une agglomération d'atomes, que les êtres sont le résultat d'une évolution et non d'une création instantanée et qui pensait qu'il fallait être à la recherche du plaisir (mais pas dans notre sens habituel, plutôt dans celui d'absence de douleur du corps et de soucis de l'esprit).
Forcément, dans la société extrêmement religieuse du Moyen-Age, ce genre d'oeuvre ne pouvait pas être approuvé et, donc, était voué à l'oubli, à la destruction.
Sauf que sa " redécouverte " par le Pogge et sa propagation dans toute l'Europe va permettre une évolution des mentalités et ouvrir les pensées au courant de la Renaissance, dont l'un des emblêmes est le " Quattrocento " florentin !
Cela inspirera également nos grands auteurs comme Montaigne dans ses " Essais " et même Thomas Jefferson, fervent admirateur de Lucrèce et d'Epicure, pour la rédaction de la Déclaration d'indépendance américaine au XVIIIè siècle !

Bref, j'adore la période de la Renaissance, j'ai des souvenirs agréables (oui, il était assez agréable de traduire du Lucrèce ou, du moins, plus que du Virgile !) des versions latines du poème de Lucrèce mais je n'ai pas accroché...

Je n'ai pas réussi à déterminer si le but de Stephen Greenblatt était de nous parler de :
- l'obscurantisme du Moyen-Age et des excès y attachés (nombres d'oeuvres, notamment antiques, ont été détruites pour éviter le pervertissement de l'âme. Beaucoup d'hommes ont fini sur le bûcher pour avoir voulu propager ces idées) et de la redécouverte d'une oeuvre majeure (le " De rerum natura " de Lucrèce) qui ouvrira la voie à la Renaissance 
- la sauvegarde des oeuvres et de l'évolution de la place des livres, des bibliothèques et de l'érudition à l'époque romaine et l'évolution postérieure jusqu'à aujourd'hui.
- la vie du Pogge, humaniste et secrétaire apostolique, membre de la curie et déchu.
- la structure et l'analyse du poème de Lucrèce en tant que précurseur à la pensée moderne.

C'est d'ailleurs, peut-être un peu de tout cela mais comme on saute du coq à l'âne sans crier gare, qu'on navigue de l'Antiquité, au Moyen-Age jusqu'au XXème siècle et comme le livre n'est que très rarement séparé en chapitres, j'ai fini par m'y perdre et c'est bien dommage car je persiste que l'idée de départ pouvait donner quelque chose d'absolument passionnant !

Mais, de fait, le style de Stephen Greenblatt est trop universitaire pour moi. On est vraiment dans l'essai. On s'attend plus ou moins à une aventure historique d'envergure mais, si elle existe, elle est tellement noyée dans les détails techniques, qu'on ne s'est plus trop bien où on en est car, on a beau dire mais la description fort détaillée de comment les parchemins étaient grattés pour être réutilisés ou quel était le langage muet que les moines utilisaient pour respecter le silence mais communiquer au sujet de la copie de textes, personnellement, je trouve ça assez vite abscons et peu passionnant...
Quant à la deuxième/troisième partie du livre, il s'agit d'une analyse, sans doute fine et pertinente, du poème de Lucrèce mais, alors là, j'ai vraiment eu l'impression, pour le coup, de me retrouver pendant mes cours de latin (sauf que, au moins, mon prof était drôle et vivant !).

Alors, je reconnais bien volontiers que l'homme est sans aucun doute une pointure sur le sujet et il suffit de voir la cinquantaine de pages d'annotations à la fin du livre pour comprendre que pas un détail ne lui aura échappé dans sa quête...
Je veux bien avouer que tout est extrêmement cultivant dans son livre mais j'ai l'impression qu'on m'a fait ingurgiter une bouillie d'informations que je ne sais même pas classer ou utiliser.
Mais, bon, grâce à lui, aujourd'hui, je peux me targuer de savoir la différence entre scriptorium, papyrus, parchemin et palimpseste et quel type d'homme vivait dans la maison des papyrus à Herculanum au moment de l'erruption du Vésuve !
Enfin, je crois...