Je crois que voter est un droit mais surtout un devoir.
J'ai fait découvrir le film " Les Suffragettes " à Sainte Chérie la semaine dernière.
J'ai vu l'incrédulité de mon ado qui a découvert les combats menés, qui a découvert que notre droit de vote est si récent et ça m'a permis de me rappeler que ça ne va pas de soi, que c'est également un privilège quelle que soit l'opinion qui est exprimée.

Je crois que l'humain oublie vite.
Combien étions-nous à fustiger les américains de leur choix il y a cinq mois ?
Combien, hier encore, crachaient sur Daladier ou Chamberlain revenus de Munich qui n'avaient pas su voir le danger se profiler en 1938 ?
On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas !

Je crois que nécessité fait loi.
Je comprends la non-envie d'aller voter après l'amère pilule de 2002.
Je comprends la non-envie d'aller voter pour quelqu'un en qui on n'a aucune confiance.
Je comprends la non-envie de participer au simulacre mais on aura beau dire, ce simulacre est notre seule façon de faire rempart.
Je comprends l'envie de dire " démerdez-vous mais ce sera sans moi ! " mais, eux, ils iront tous voter et, même s'ils ne représentent que 15 % de tous les français, la majorité élective est une majorité relative.

Je crois au respect de l'autre et en la sauvegarde de l'humanité.
Ca fait peut-être très grandiloquent mais c'est ainsi.
Je crois que les mots, commentaires et réflexions assassines qui se croisent et se jettent depuis dimanche sont indignes des humains. Chacun a agi en son âme et conscience et chacun a le droit au respect de son opinion.

Je crois que ce qui peut peut-être encore nous sauver, c'est l'écoute et la bienveillance.
Je crois que nous n'avons jamais rien eu à gagner à nous fermer aux autres, à avoir peur de ce que nous ne connaissons pas. Cela a toujours correspondu aux périodes les plus sombres de notre histoire.

Je crois qu'il faut parfois reculer pour mieux sauter.
On ne sait pas de quoi l'avenir est fait mais si on éloigne le fascisme encore cinq ans, qui sait si, à ce moment-là, peut-être aurons-nous trouvé d'ici là le moyen qu'il ne soit plus dans notre paysage.
En 2002, tout le monde ou presque pensait qu'en 2007, ce serait inévitable et, pourtant, on a gagné 15 ans !
15 ans, sans doute, qui n'ont pas été parfaits. 15 ans qui n'ont pas été pavés de pâquerettes mais 15 ans où on a pu s'exprimer sans craindre, 15 ans où il a encore existé des budgets pour les opéras, les bibliothèques et les émissions de télé-réalité.
On peut encore entretenir l'espoir que dans 5 ans...
Mais, aujourd'hui, les Anglais, eux, ne peuvent plus entretenir l'espoir de rester dans l'Europe, les Américains ne peuvent plus avoir que l'espoir de ne pas avoir besoin de soins de santé pendant les quatre prochaines années et les Syriens ne peuvent qu'espérer avoir la chance de vivre assez longtemps pour voir de quoi la semaine prochaine sera faite.

Je crois que comme on fait son lit on se couche et qu'il faut arrêter de croire que ce sont les autres qui ont forgé notre société actuelle ou qui sont responsables de nos problèmes.
Nous sommes tous responsables de ce que nous faisons de nos vies, de notre planète, de notre société.
Quand un enfant de 3 ans tape la table dans laquelle il vient de se cogner, c'est normal mais quand il devient adulte, il faut qu'il apprenne à prendre ses responsabilités et à raisonner...
Quand, dimanche, plus de 40 % des votants se sont exprimés pour des candidats mis en examen (21,3 % + 20,01 %), il est difficile de reprocher aux politiques leur malhonnêteté et de leur demander de changer.

Je crois que le désespoir et la peur sont les plus mauvais conseillers mais on ne peut pas reprocher aux gens d'être effrayés ou désespérés et ce n'est pas en les mettant au pilori ou en les insultant qu'on les fera changer d'avis et qu'on les aidera.

Je crois aussi que, sur le plan géo-politique mondial, aujourd'hui, trop de pays font des claquettes sur une caisse de nitroglycérine.
A force de mettre des forcenés hargneux et des dictateurs à la tête des grandes puissances, on risque juste de faire passer le temple d'Angkor au-dessus de Billancourt dans un grand nuage champignonesque.

Je crois que j'avais décidé de ne pas écrire mais je crois que j'avais besoin d'exprimer mes angoisses face à ce flot de reproches, d'insultes, d'agressivité, face à toutes ces incertitudes.
Je crois, aussi, que je vais me tenir éloignée des réseaux sociaux pendant une quinzaine... Ca fait 48 heures que j'ai de plus en plus de mal à respirer.