Déjà en janvier, je n'avais pas su trouver de titre au billet qui faisait suite aux attentats contre Charlie Hebdo alors comment en trouver quand il y a 132 victimes lâchement assassinées, 80 diagnostics vitaux engagés et plus de 250 blessés ???

Il est très compliqué de bien parler, il y a tellement à exprimer... Les émotions que nous partageons tous, l'incompréhension et la stupeur face au drame, les analyses, les résolutions...
Je n'ai pas envie de rajouter ma pierre à l'édifice, surtout que je ne suis pas sûre de ne pas m'embrouiller les mots et qu'il y en a qui font ça tellement mieux que moi.
J'ai bien conscience de la vacuité de mes mots, du grain de sable insignifiant qu'ils représentent car ces fanatiques s'en foutent comme du premier câlin que leur mère leur a fait. Ils ne réfléchissent pas, ils ne cherchent pas. Ce sont des machines de mort dénuées de toute trace d'humanité.

J'ai peut-être juste envie de dire que je suis née en France et que, sans aucun doute, en plus des gènes de mes parents, mon pays m'en a glissés quelques-uns et c'est sans doute à cause de ces derniers que je suis une cible pour les terroristes mais je suis ce que je suis et je ne changerai pas !
Je suis le siècle des Lumières.
Je suis les vignobles.
Je suis la gastronomie.
Je suis la culture.
Je suis la mode.
Je suis la liberté.
Je suis la tolérance.
Je suis la politique.
Je suis le droit.
Je suis le soleil qui baigne les terrasses de café.
Je suis la beauté.
Je suis la laïcité.
Je suis les arts.
Je suis le rire.
Je suis l'esprit de la France.

Mais je ne prierai pas. Ni pour les victimes, ni pour Paris. J'essaye de partager leur douleur dans l'espoir futil et vain de l'alléger. Mes pensées sont tournées vers elles pour qu'elles se sentent moins seules mais je ne prierai pas car, aujourd'hui plus qu'hier, je hais les religions.
Je leur tourne le dos, elles auront plus de facilité pour m'assassiner par derrière mais je les méprise tellement que je ne veux même plus les regarder.
Je préfère me tourner vers l'humanité.

Peut-être ai-je besoin de dire cela pour ne pas trop fléchir, pour ne pas trop céder à la peur, pour entretenir l'espoir que la vie finira par reprendre ses droits même s'ils sont méchamment ébranlés...

Et puis, outre tout cela, il a fallu également trouver les mots pour parler avec Sainte Chérie. J'avais déjà étudié la question en janvier et j'avais fait ma sauce comme j'avais pu mais, étrangement, je me suis rendue compte que la conversation avait surtout porté sur les principes de liberté d'expression, de tolérance, de fanatisme, de religions mais, là, il s'agit de répondre à sa peur de la mort, de cette guerre dont elle comprend qu'elle est présente et qu'elle ne sera pas finie demain. En janvier, elle était inquiète de façon " intellectuelle ". Samedi, elle avait peur dans sa vie.
Je n'ai pas l'orgueil de penser que j'ai magnifiquement géré mais je vous livre ce que j'ai essayé de lui expliquer.
" Maman, c'est la guerre, c'est ça ? Ils ne s'arrêteront pas ? Mais ça ne ressemble pas à la première ou à la deuxième guerre mondiale ? "
Non, à l'époque, les pays se battaient les uns contre les autres pour des territoires et, donc, ils envoyaient des armées d'hommes pour gagner du terrain. Aujourd'hui, ce sont des individus qui se battent car ils veulent éradiquer ceux qui ne pensent pas comme eux. C'est une guerre pour des idées, des croyances. Il ne risque pas d'y avoir de mobilisation générale, des combats comme dans les tranchées mais il y aura quand même des morts mais qui ne seront pas des combattants.
" Alors, c'est comme l'Inquisition ! "
Un peu, sur le principe mais pas complètement ! L'Inquisition exécutait les gens qui ne pensaient pas comme eux et qui refusaient de se convertir ou qu'ils accusaient comme tels parce que ça les arrangeait de les éliminer. Là, les terroristes ne veulent même pas essayer de nous faire adhérer à leurs idées, ils veulent juste nous supprimer. En plus, ils espèrent qu'à force de nous faire croire que c'est l'Islam qui crée cette situation, on va se mettre à détester tous les musulmans sans distinction et donc que les musulmans qui sont tranquilles risquent de finir par en avoir ras le bol d'être détestés et donc qu'ils vont se mettre à nous détester et rejoindre leurs rangs.
" S'ils ne sont pas contents, s'ils n'aiment pas ce qu'on aime, ils n'ont qu'à faire comme ils veulent chez eux et nous laisser tranquilles chez nous ! "
Sur le principe, je suis bien d'accord avec toi sauf que c'est plus compliqué. Ils veulent sans doute plus de pouvoir, plus d'influence et puis ils considèrent aussi que leur religion leur impose de se débarrasser des impies que nous sommes et puis, comme je te l'ai dit, c'est aussi une façon de recruter des gens supplémentaires. Et puis, nous, on est aussi intervenus chez eux pour essayer de faire tomber les dictatures ou rétablir une certaine justice et pour venir en aide aux populations opprimées, comme les réfugiés, donc on a aussi commencé à intervenir chez eux mais on ne peut pas non plus laisser des gens se faire opprimer ou tuer sans réagir... Après, il y a aussi des raisons économiques ou autres moins généreuses. Bref, c'est super compliqué !
" Mais alors comment ils peuvent espérer gagner cette guerre à part le jour où ils auront tué le monde entier ? Et comment, nous, on peut espérer gagner alors qu'on ne peut pas contrôler ce que chaque personne pense partout dans le monde ? "
Ils ne le peuvent pas et nous non plus. On peut juste espérer qu'à force d'être solidaires et tolérants à notre niveau à nous, nous empêcherons de plus en plus de personnes de basculer dans le fanatisme et que notre " tâche d'huile " sera plus rapide et plus efficace que la leur. Et puis nos militaires essayent de détruire le maximum de leurs bases, de leurs infrastructures pour les empêcher de s'organiser et de préparer d'autres attentats.
" Ouais, sauf qu'au Bataclan, les terroristes ont crié qu'ils voulaient se venger de ce qu'on avait fait en Syrie. A ce rythme là, nous on va vouloir se venger de ce qu'ils ont fait à Paris et ils voudront à nouveau se venger et ça ne s'arrêtera jamais ! "
Proportionnellement, aujourd'hui, ils sont très peu nombreux par rapport à la population mondiale mais, oui, c'est le problème de l'escalade et, honnêtement, je ne sais pas comment ça peut s'arrêter parce que je n'ai pas connaissance de quelque chose qui pourrait s'être déjà passé comme ça. Ce que je crois, c'est qu'il y a forcément une solution et qu'elle sera forcément trouvée mais je ne sais pas ce qu'elle peut être. J'ai juste confiance dans le fait que ça s'arrêtera un jour ou l'autre.
Et s'ils attaquent une école ? Ca me fout la trouille !
C'est un risque qu'on ne peut pas exclure. Pour l'instant, ce que je peux te dire, c'est que visiblement le dernier kamikaze qui s'est enfui est plutôt parti vers la Belgique et pas vers chez nous et que, donc, toi, dans ton quotidien, tu n'es pas plus en danger que n'importe qui. Mais, oui, il peut y en avoir d'autres, ici, ailleurs. C'est ça le terrorisme : avoir peur car on ne sait pas quand ou où ça peut arriver. C'est normal et c'est bien que tu aies peur, ça veut dire que tu comprends le danger. Maintenant Mandela disait que le courage n'était pas l'absence de peur mais le fait de l'affronter alors ça va être ça ton courage à toi : faire avec cette petite peur qui deviendra une inquiétude mais continuer à faire comme avant quand même.

Voilà...
Et puis, je vais essayer de faire miennes les idées que Luc Le Vaillant a si bien mises en mots ici.