1063961-gfC'est un cadeau que j'avais fait à Monsieur Père et il me l'a prêté en me disant que cela devrait m'inspirer...

Effectivement, j'ai dégusté chaque page du livre. J'ai aimé ce récit de journaliste qui nous fait partager sans fioriture ses entretiens avec Nelson Mandela et, donc, ses " chemins ", ses réflexions, ses expériences de vie.

On connaît l'icône qu'est l'ancien président sud-africain. On connaît ses luttes pour l'abolition de l'Apartheid, pour la paix civile dans son pays.
Bien sûr, on connaît le film " Invictus " de Clint Eastwood qui dore encore un peu plus l'image d'artisan de la paix de Madiba et certains connaissent " Mandela, un long chemin vers la liberté " de Justin Chadwick qui montre plus la face sombre et violente des premiers combats de l'homme.

Chaque chapitre du livre est une phrase, comme une leçon de sagesse et elle est développée tout au long du chapitre. " Le courage n'est pas l'absence de peur ", " Etre mesuré ", " Voir le bien chez autrui ", etc, mais à aucun moment cela ne se veut être un livre de sagesse ou de coaching de vie. On découvre juste ce qui pouvait mouvoir Mandela, les raisons ou motivations de ses façons de réagir au travers aussi de ce qu'il a vécu. Tout le livre est passionnant mais certains chapitres m'ont plus interpellée que d'autres car j'y ai fait des parallèles, j'en ai tiré des réflexions pour ma propre existence.
Et du coup, outre le fait d'avoir l'impression de rentrer dans l'intimité de cet homme charismatique et d'en apprendre plus sur lui (sans qu'il s'agisse d'une biographie), on est amené à réfléchir sur l'être humain, la politique, etc.

Par exemple dans le chapitre relatif au courage, Richard Stengel relate les moments de l'existence de Mandela où il a pu avoir peur, comme lorsqu'il fut condamné à la prison à vie ou quand lors d'un vol en avion, un moteur est tombé en panne, et Mandela explique que " le courage n'est pas l'absence de peur, c'est le fait d'apprendre à la dépasser " et il explique pourquoi, comment il estime que l'absence de peur pourrait se révéler de l'inconscience et entraîner des conséquences néfastes alors que le fait d'apprendre à affronter sa peur à en délimiter les contours permet d'aller beaucoup plus loin.

J'ai également été fortement interpellée par le chapitre sur " voir le bien chez autrui " où l'auteur explique que " Mandela s'intéresse à ce qu'il y a de positif, de constructif, chez quelqu'un... D'abord parce qu'il voit d'instinct le bien chez autrui, ensuite parce qu'il croit, intellectuellement, que le fait de voir le bien chez les gens est susceptible de les rendre meilleurs.". En lisant ce que je prenais pour un point commun entre lui et moi s'est révélé n'être qu'à moitié vrai car s'il voit d'abord et principalement le bien, cela n'implique pas qu'il ne voit pas les défauts, juste qu'il veut s'attacher au positif pour inciter la personne à vouloir faire mieux sans qu'elle s'en aperçoive. C'est un peu l'histoire de la carotte et du â. Alors que, moi, je me suis aperçue que j'aurais tendance à voir le bien mais en occultant le mauvais parce que j'aurais tendance à être une indécrottable Bisounours et, ça, en revanche, ce n'est pas une bonne chose car je n'appréhende pas la globalité des personnes et des évènements et je peux prendre des retours de bâton inutiles. Du coup, depuis, j'essaye de travailler dessus.

Au chapitre " connaître son ennemi ", Tokyo Sexwale a dit, à propos de l'attitude de Mandela lors de la coupe du monde de rugby de 1995 en Afrique du Sud : " C'est là que je l'ai compris plus clairement que jamais : la lutte de libération consistait moins à libérer les Noirs de leur chaînes, que les Blancs de la peur. ". Là encore, cette idée m'a largement fait cogiter. Effectivement, le renversement de régime a dû être extrêmement angoissant pour les Blancs qui, outre leurs convictions racistes pour certains, ont dû avoir peur des représailles, de la vengeance. Or Mandela a fait très fort en donnant les mêmes droits aux Noirs tout en montrant aux Blancs qu'on ne leur retirait rien de leurs postes à responsabilités, de leurs droits sociaux, etc. Cela faisait écho au chapitre " être mesuré ". En sachant ce qui était important pour les Blancs et en le respectant, il les a désarmés et il a forcé leur respect.

Enfin, je ne pouvais évoquer les chapitres de ce livre sans évoquer le " savoir dire non " et j'en vois déjà qui sourient derrière leur écran car c'est l'un de mes défauts, j'ai du mal à dire non et il m'arrive alors de me retrouver dans des situations inextricables que j'aurais sans doute évitées si j'avais su dire non. Mandela disait que le fait de ne pas avoir le dire sur le moment a un prix : il sera encore plus difficile de le faire plus tard. Mieux vaut décevoir tout de suite. J'ai encore un long chemin à parcourir mais je m'accroche !

Bref, c'est un livre que j'ai trouvé très agréable à lire de par son style et, bien sûr, son contenu. Je l'ai trouvé plein de sujets à réflexion et à enseignements, plein de sagesse et extrêmement apaisant mais sans côté pontifiant ou assommant du donneur de leçon. Je ne suis pas objective, sans aucun doute, puisque ce livre m'a parlé mais je ne saurais quand même que trop vous conseiller de le lire, il devrait vous ouvrir un regard différent sur l'homme et sur la vie (ouais, ça fait un peu grandiloquent mais je n'ai pas trouvé mieux pour résumer...).