Je suis presque aussi abasourdie depuis ce week-end que je ne l'étais mercredi...
Ca a commencé par la non-invitation du Front National au rassemblement d'hier et, depuis, c'est comme une onde de choc qui se répand, comme un cyclone qui prend de plus en plus de force au fur et à mesure de son avancée. La chimère grossit, se nourrit et devient hors contrôle me laissant sans voix...
Je n'ai pas envie de faire un billet polémique.
Je n'ai pas envie de donner des leçons à qui que ce soit.
Je n'ai pas envie de convaincre qui que ce soit de mes idées.
J'ai juste envie de partager des questions, des réflexions qui me traversent l'esprit sans ordre, sans rapport forcément les unes avec les autres parce que c'est un billet que j'ai rédigé au fur et à mesure de ce que je voyais, de ce que je lisais, de ce à quoi j'assistais.
Veuillez me pardonner si les enchaînements ou le contenu ne vous plaît pas.

- Je ne parlerai pas de liberté de la presse mais de liberté d'expression car le premier est inclus dans le deuxième est qu'aujourd'hui il m'est incompréhensible de vouloir défendre le premier sans parler d'abord du deuxième.
Après, on peut discuter du fait que la liberté des uns s'arrête où commence celles des autres et c'est un vaste sujet pour lequel je n'ai pas de réponse. Je n'aime pas l'idée de provoquer gratuitement des personnes ou des groupes juste pour l'idée de choquer ou de rire mais il me semble également compliqué de définir une limite.
Mais, aujourd'hui, je veux juste parler de liberté d'expression dans le fait que des paroles ou des coups de crayons ne peuvent pas trouver une réponse dans des balles de kalachnikov ou dans des cocktails molotov.
Et le fait que le Hamburger Morgenpost ait été incendié ce week-end, pour avoir publié les fameuses caricatures de Charlie Hebdo, est le signe que c'est loin d'être gagné.

- Je ne comprends pas la connerie des politiciens et que personne dans leurs spécialistes en communication n'ait tiré la sonnette d'alarme quand jeudi certains dirigeants ont décidé que la présence du Front National n'était pas souhaitée à la marche républicaine.
Tout le monde, mercredi, se gargarisait d'unité nationale, de la réaction des citoyens, de la France dans sa totalité et moins de 24 heures après, officiellement, certains se permettent d'exclure certains citoyens de cette unité.
Encore une fois, nos politiciens, même si, après, ils ont essayé de se rattraper aux branches, ont fait preuve d'un esprit politicard étriqué et déconnecté. Ont-ils compris que les français voulaient surtout se rassembler tous ensemble dans l'anonymat et non pas sous des couleurs ou des banderoles ?
Je ne sais plus qui disait, mercredi soir dernier, qu'il y avait une partie très serrée à jouer pour gagner la partie et ne pas retomber ou dans les amalgames ou dans les théories fumeuses de racisme ordinaire ou dans les guéguerres politiciennes. J'ai l'impression que ça dérape déjà...
Mais ce n'est pas une campagne électorale, ce sont des citoyens qui se rebellent et se lèvent pour, d'une seule voix, dire non à cet attentat contre la liberté d'expression !

- J'avoue (et ce coming-out peut être dangereux ces jours-ci) que je n'aimais pas Charlie Hebdo et ne le lisais pas car je n'accrochais pas.
Je ne m'abonnerai pas pour marquer mon soutien suite à l'attentat de mercredi. J'ai été tentée de le faire sous le coup de l'émotion et puis j'ai réfléchi et me suis dit que cela n'aurait aucun sens de faire quelque chose en vue de m'insurger contre la pensée unique et pour la liberté d'expression tout en adhérant à une idée qui n'est pas la mienne.
Je suis Charlie parce que je veux être libre de m'exprimer sans risquer ma vie parce qu'il m'est inconcevable que les armes soient une réponse à quelque provocation que ce soit mais je ne lirai pas Charlie demain alors que je ne le lisais pas hier !

- Audrey Pulvar était très émouvante (dans le Grand 8 du 8 janvier) quand elle expliquait pourquoi elle n'arborait pas un badge " Je suis Charlie " car elle déplorait que les gens aient attendu ce drame et n'aient pas été Charlie quand le journal était traîné en justice, quand leurs locaux ont été incendiés ou quand son ancien directeur était tabassé.
Elle n'a pas tort. On laisse trop faire ces petites attaques à la liberté, ces gestes islamophobes ou antisémites quotidiens, l'air de rien. On s'endort trop dans notre petit confort sans laisser notre esprit en veille, en vigilance mais rien n'est jamais acquis, ni nos droits ni nos devoirs...
Que va t'il advenir dans les semaines à venir de cet engouement républicain ? Saurons-nous saisir cette occasion de, enfin, prendre les choses en mains ? Le danger et les risques sont connus de tous depuis longtemps mais peut-être que maintenant ce ras de marée de conscience a déferlé des mesures concrètes vont être mises en oeuvre.

- Arrêtons de vouloir à tout prix que les musulmans se désolidarisent !
Une fois encore, on stigmatise, on crée une différence qui est déjà bien trop pesante et présente. Même l'imam de Bordeaux a invité les musulmans à se désolidariser officiellement afin de ne pas risquer être considérés comme complices. C'est d'une gravité inouïe !
Si je voyage au Maroc, en Algérie ou en Tunisie, accepterais-je qu'à tous les coins de rue on me demande de dire officiellement que je me désolidarise de la politique colonialiste de la France ? Si je croise un juif, accepterais-je qu'il me demande de clamer que je me désolidarise du gouvernement de Vichy ? Non, sans doute pas car je considère que c'est évident, que cela va de soi, que ce serait injurieux de penser qu'aujourd'hui je peux être assimilée à ces horreurs !
Et vous voulez que je vous dise Charb était déjà de cet avis il y a plusieurs années...

- Comment des journalistes dignes de ce nom peuvent-ils se permettre de téléphoner à des terrorises retranchés afin d'obtenir une interview exclusive ? Et comment, derrière, d'autres journalistes de la même chaîne peuvent interviewer leurs collègues pour savoir comment ça s'est passé, ce qu'ils ont ressenti ou autre ?
Ca me fait vomir...
Ont-ils réfléchi 5 secondes au fait qu'ils pouvaient compromettre la libération des otages ou le dénouement de ces évènements ?
Ils se sont gargarisés pendant 36 heures du fait de ne délivrer que des informations vérifiées mais ont-ils réfléchi qu'il y avait des informations qu'il valait mieux garder secrètes ? Ont-ils réfléchi qu'en révélant qu'il y avait encore un otage dans l'imprimerie, ils pouvaient en révéler l'existence aux terroristes et qu'ils se mettent à sa recherche alors qu'il donnait des informations importantes aux forces de l'ordre ? Ont-ils réfléchi qu'en disant qu'il y avait des otages au sous-sol de la supérette, le terroriste pouvait aller les chercher et les exécuter ?

Voilà, je sais bien que tous mes errements ne changeront pas la face du monde mais j'avais besoin de les exprimer...