Le quotidien reprend ses droits. C'est étrange. C'est bizarre.
Il faut bien continuer à vivre mais on n'ose moins. On craint une certaine indécence à préparer un repas ou à rire avec ses enfants mais c'est ça aussi la vie.
Et puis, ça se fait...
Et puis, on rallume la télévision ou on surfe sur internet et l'horreur frappe à nouveau.

L'horreur humaine, bien sûr, douze personnes ont trouvé la mort et, pour certains, ils faisaient partie de nos vies depuis des années par le biais des médias.
Qui ne se souvient pas des dessins de Cabu dans Récré A2 et de son rire un peu nerveux ou forcé ?
Qui n'a pas souri devant certaines caricatures de Charb ?
Qui n'a pas croisé les dessins de Tignous dans les pages de Marianne ?
Qui n'a pas trouvé au moins une fois l'économie un peu plus claire en écoutant Bernard Maris sur France Inter ?
Qui ?

Et puis l'horreur idéologique, évidemment...
Je veux dire que la liberté de la presse, la liberté d'expression vient d'être frappée, la France des droits de l'homme a été fusillée.
On ne peut pas y croire !
Bien sûr qu'il y avait eu un plastiquage des locaux ! Bien sûr qu'il y avait des menaces ! Bien sûr que tous les ans on voit passer l'album de Reporters sans frontières ! Bien sûr...
Mais on est en France, bordel !!!
Ce n'est pas comme si on était en Russie ou en Syrie !
Comment croire que trois hommes puissent faire irruption quelque part dans notre pays et semer l'horreur et la mort pour empêcher la parole ?
Dans notre pays !!!
Oui, nous vivons en démocratie et, non, la censure n'est pas étatique, elle est humaine ! Est-ce moins grave que dans les dictatures ? Est-ce plus grave parce que chaque homme qui a la liberté a, également, cette liberté de se faire justice contre le pays ?
Ce qui est vrai, réel et affreux, c'est que nous vivons dans un pays où des hommes et femmes peuvent être exécutés pour leurs idées, parce qu’ils sont libres...
Les journalistes de Charlie Hebdo étaient armés de leurs seuls crayons, un des policiers et le correcteur du journal étaient d'origine arabe. On ne tue pas un homme désarmé, on ne tire pas dans le dos d'une policière qui fait son travail de régulation de la circulation, on n'exécute pas son " frère ".
Comment comprendre ? Comment expliquer ? Rien de tout cela n’a de sens et c'est ça qui est effrayant.
Ces hommes ont été assassinés et de lire ces mots à côté des noms de Wolinski, Cabu ou Maris et des autres, c'est l'horreur en visuel direct !

L'ennemi n'est plus un peuple, c'est une idée !
Ne pas céder à la peur. Faire front. Montrer la force tranquille de notre honneur. Se redresser encore.
Rester debout.
Rester debout pour venger ceux qui sont allongés pour toujours. Nous avons tous été atteints le 7 janvier à 11h30 par ces balles de fusils d'assaut, pas au sens propre mais dans notre esprit de liberté. Nous sommes tous des blessés mais les blessés se relèvent et sont plus forts.
Ils ont voulu nous terrifier, ils ont voulu faire taire mais ce qu'ils ont réussi c'est nous réveiller, réveiller nos consciences endormies par le confort d'une vie dans un pays libre. Ils auront été l'aiguillon qui enrage mais ils ont encore perdu car la France s'enrage mais avec humanité. Elle ne deviendra pas une bête féroce et sans discernement.
En réponse au fanatisme, à la violence et à l'obscurantisme, nous saurons frapper l'ennemi et nous protéger les uns les autres. Nous saurons être solidaires, unis dans l'adversité. Nous ferons front tous ensemble pour protéger ce qui fait l'essence de notre pays : notre diversité et notre liberté.

J'avais enfin envie de partager ses deux vidéos de Cabu et de Charb...

Billet dédicacé à
Frédéric Boisseau,
Franck Brinsolaro,
Cabu,
Elsa Cayat,
Charb,
Honoré,
Bernard Maris,
Hamed Merrabet,
Mustaphad Ourrad,
Michel Renaud,
Tignous,
Georges Wolinski.

Pour paraphraser Victor Hugo :
" Ne soyons plus catholiques ni juifs ni musulmans ni orthodoxes ni protestants. Soyons hommes. Soyons l'humanité.
"