J'aurais pu classer ce billet dans " la vie de Sainte Chérie " puisqu'elle en est l'actrice principale mais, de son point de vue, l'anecdote est classée dans ",les aléas inhérents à l'existence " alors que ce qui me fait en parler aujourd'hui est que, pour moi, ça éveille des émotions qui me surprennent...

Sainte Chérie a vécu sa première histoire de coeur.
Une histoire jolie comme on peut en vivre à 12 ans. Depuis plusieurs mois, maintenant, elle me faisait partager ses petits bonheurs, ses questions, ses attentes...
C'était joli. C'était frais. C'était pur.
La rentrée, les petits souvenirs de vacances et puis jeudi soir.

Jeudi soir, Sainte Chérie m'annonce, alors même que nous étions encore dans le parking du collège qu'elle s'est rendu compte que son coeur ne battait plus de la même façon, qu'il était encore et toujours son ami mais qu'il ne lui donnait plus d'étoiles dans les yeux alors, par honnêteté, elle avait préféré mettre un terme à leur histoire...
En fait, dans la réalité, mon honnêteté à moi m'oblige à reconnaître que ses paroles résonnaient plutôt comme : " tu sais, on est toujours amis mais je ne ressens plus rien pour lui alors j'ai préféré lui dire. "
Toute mère de pré-ado qui se respecte se serait réjouie de ce que sa progéniture ne soit pas déjà une Messaline et aurait adressé un petit remerciement silencieux à Sainte Rita (patronne des cas désespérés) pour avoir évité à sa petite tête brune d'avoir, elle, le coeur brisé, par une rupture non voulue et non anticipée...
Sauf que moi, c'est moi et que, Sainte Rita, c'est moi qui suis votre cas désespéré !
Cette nouvelle m'a remuée plus que je ne l'aurais pensé... J'avais du mal à passer à autre chose !
Je pensais au jeune éphèbe rentrant chez lui la gorge serrée avec, encore, au poignet, le lien de cuir tendrement choisi pour lui, anéanti par ce coup de poignard et perdant à jamais toute confiance en la gent féminine (non, je n'ai pas du tout tendance à exagérer...).
Je sais bien que Dolto me clouerait au pilori des mauvaises mères mais je n'ai pu m'empêcher de demander à Sainte Chérie si elle avait bien réfléchi, si elle ne risquait pas de regretter une décision qui semblait peut-être quelque peu hâtive, que les vacances avaient peut-être mis un peu de mou dans les voiles...
En revanche, là, Dolto serait fière de mon éducation : ma fille, à presque 12 ans, est très droite dans ses bottes et dans sa tête. Elle m'a donc dit très calmement qu'elle avait bien réfléchi et qu'elle savait parfaitement ce qu'elle faisait, que le jeune éphèbe avait très bien pris la chose et que, donc, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes mais qu'en revanche les pommes du self n'étaient vraiment pas bonnes.
Et moi, de penser, dans un petit coin de ma tête, que ce pauvre garçon avait dû ravaler sa peine pour rester digne devant elle et ne pas lui montrer son désarrois (Sainte Rita, je pense que tout votre stock de cierges n'y suffira pas !) et que les pommes du self devaient être des golden à moitié mûres et sans goût...

J'ai laissé passer le week-end et j'allais beaucoup mieux (merci) et puis, crac, hier, alors que je croisais de loin le jeune éphèbe sortant du collège et que j'arrivais à ne pas me jeter sur lui pour le prendre dans mes bras pour le consoler (ceci étant, en toute objectivité, il était aussi souriant qu'avant et s'il savait à quel point je suis dérangée dans ma tête, je suis sûre, qu'il ne me dirait plus bonjour aussi poliment...), Sainte Chérie laisse tomber qu'il n'a pas dû bien comprendre la situation car il avait voulu lui prendre la main plus tôt dans la journée et que, donc, pour éviter tout malentendu, elle lui rappellerait leur conversation de jeudi.
J'ai déjà acheté une boîte de clous pour faire gagner du temps à Dolto : j'ai tenté de ne pas laisser sortir la phrase qui me brûlait les lèvres mais j'ai fini par craquer et ai recommandé à Sainte Chérie de le faire mais en douceur en pensant que, dans la situation inverse, elle apprécierait certainement que le jeune éphèbe lui présente les choses avec délicatesse...
Le " bien sûr " qui m'a été asséné en guise de réponse m'a bien fait comprendre que j'aurais dû continuer à lutter pour que la phrase ne sorte pas...
Ah la la ! Ce n'est pas facile d'être une ex-temporaire-potentielle-belle-mère !!!

Soyons bien claire, je n'ai jamais pensé ou même imaginé que cette histoire durerait toute la vie, voire même toute l'année scolaire (un cierge de moins pour Sainte Rita !).
Jusqu'à jeudi dernier, le seul intérêt que je trouvais au jeune éphèbe est qu'il faisait briller les yeux de Sainte Chérie et que ça me faisait fondre de la voir comme ça.
Ne cherchez pas les coordonnées de l'institut de psychanalyse le plus proche, je suis déjà sur liste d'attente comme cas de laboratoire pour les jeunes chercheurs (je devrais les tenir quelques années...).
Quant à Sainte Rita, je ne comprends pas, depuis une semaine, elle s'est mise sur répondeur...
Et, sinon, dans deux mois, pour l'anniversaire de Sainte Chérie, on invitera le jeune éphèbe ou ce serait maladroit car encore trop frais (non, je plaisante) ?