gaudé_ourganJ'aime Laurent Gaudé !
En tout bien, tout honneur, pour ses talents d'écrivain... J'étais tombée sous le charme de " Sous le soleil des Scorta " qui m'avait enthousiasmée.

Mme Mère, pour m'aider à passer mes journées, m'a prêté " Ouragan ".
J'ai eu du mal à trouver du temps pour avancer comme je l'aurais voulu sur le premier tiers de ma lecture et puis, un soir, ça a été plus fort que moi, je n'ai plus lâché le bouquin jusqu'à la dernière page. 120 pages (ou presque) d'une traite !

Ce roman n'est pas le récit d'une histoire unique mais de destins croisés lors d'un évènement unique et terrible : l'ouragan Katrina de 2005 qui avait dévasté la Nouvelle Orleans en 2005.
Les personnages sont tous inventés mais les faits sont réels.
On croise une femme noire centenaire, au tempérament rebelle et mâtiné de toutes les luttes raciales de sa communauté.
Puis un pasteur dont la foi naïve se heurte à une réalité qui l'oblige alors à se poser des questions sur sa religion et ses préceptes.
Il y a également des prisonniers qui n'auront pas été évacués du pénitencier alors que des camions sont même venus chercher les chiens.
Il y a, enfin, cet homme, dégoûté de son existence vouée au capitalisme pétrolier, et cette femme qui vit seule avec son enfant, dont elle n'arrive pas à déterminer si elle l'aime ou si elle le déteste.
Tous ces gens se retrouvent pris dans l'ouragan et, pour chacun, ce chaos météorologique va profondément modifier, bouleverser son existence.
Le poids du récit tient aussi dans l'impact que Katrina a eu dans l'actualité mondiale en mettant en exergue les failles de la première puissance mondiale, ses béances sociales. Se dire qu'on est aux Etats-Unis et pas au fin fond de quelque pays du Tiers-Monde. Se dire que l'être humain quel qu'il soit, face au déchaînement de la nature, ne représente pas plus qu'un moustique mais que ce sont les hommes qui influent sur le destin des autres hommes par ses lois, sa morale, ses diktats. Homo homini lupus est.

Le style narratif est prenant et addictif. L'auteur passe d'un récit en place du narrateur " zéro " à un récit en place du narrateur interne (ça ne vous rappelle pas vos cours de français ?) mais, contrairement à " Les larmes de Tarzan " dans lequel chaque chapitre racontait le point de vue d'un personnage, là, ce sont les paragraphes mais on ne s'y perd pas car chaque personnage à un style différencié, typique et, au contraire, j'aurais tendance à penser que cela donne le rythme du récit.

En conclusion, un récit prenant, rythmé, passionnant que je conseille vivement !